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Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


Brèves

Le bar Floréal.photographie s’arrête

par Samuel Wahl
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Après 30 ans d’activité,
le bar Floréal.photographie s’arrête.

Il a été mis en liquidation judiciaire le 30 juillet 2015.

Aujourd’hui, de nombreux festivals, agences photo, ateliers de graphistes, cinéastes… et autres structures indépendantes luttent pour leur survie. En France comme ailleurs. Quant à nous, nous avons mené notre barque comme nous l’entendions.
Jusqu’à ne plus en avoir les moyens.

La spirale mortifère des baisses de rémunération des photographes -et des autres artistes-, la raréfaction des commandes dans la presse et la quasi-généralisation des appels d’offres aux budgets de plus en plus réduits ont brisé l’aventure malgré le soutien de plusieurs institutions publiques et une notoriété nationale et internationale grandissante.

Les fondateurs du collectif, un graphiste de Grapus* et deux photographes indépendants, n’avaient pas l’intention de créer une agence photo de plus.
Par la mutualisation de leurs outils de travail, de leurs réseaux respectifs et un espace commun, un ancien bistrot -le bar Floréal à Belleville (Paris)-, ils voulaient mettre en place de réelles possibilités de création de projets interdisciplinaires fondés sur l’idée de véritables échanges avec le public. Et au-delà, non seulement pouvoir rendre visible leur propre travail, mais aussi celui d’autres artistes, graphistes et photographes.

Dès ses débuts, en 1985, le bar Floréal a naturellement défendu une photographie engagée, humaniste, concernée et a accueilli -dans le but de construire un groupe fort- des photographes aux multiples écritures. 21 photographes** ont participé, pour quelques années ou pendant trente ans, à cette aventure exceptionnelle.
À la fois confrères, parfois amis, artistes, citoyens, ils l’ont fait exister, questionnant l’Image et ses usages, s’interrogeant sur la société, ses bonheurs et ses lignes de fracture, ses zones de flou et ses déséquilibres, proposant leur regard comme partage d’une réflexion sur la condition humaine.

Naturellement ils ont aussi tissé des liens avec des photographes et artistes du monde entier : l’Allemagne, la Belgique, le Chili, la Chine, Cuba, Haïti, Israël, l’Italie, le Mexique, la Suisse, le Tchad...

La cohésion du groupe sur une ligne éditoriale exigeante à résisté pendant trois décennies aux difficultés inhérentes à la confrontation d’implications fortes mais spécifiques d’auteurs ayant des approches très personnelles. C’est finalement devant un bilan comptable qu’il a fallu s’incliner.

Les deux projets fondateurs du bar Floréal, "Cité Dunlop" à Montluçon en 1985 et "Nord-Sud" sur la frontière USA-Mexique (qui fut montré lors des Rencontres d’Arles), montraient tout le potentiel d’une démarche qui dépassait le strict photo-reportage.
Se succédèrent des projets sur les banlieues et les quatre coins des régions françaises, sur les quartiers en rénovation urbaine, mais aussi des approches et réflexions sur le cœur des villes, les théâtres et autres scènes du monde entier, parfois insoutenables comme la Méditerranée d’aujourd’hui ("Je suis pas mort, je suis là"*** exposé dans le cadre du Mois de la Photo à Paris 2014)‚ amenant souvent l’image là ou ça ne va pas de soi : à l’école, en prison, dans les foyers d’hébergement ou sur les lieux de travail‚ mêlant alors créations d’auteurs et pratiques amateurs.

En 1986, la première exposition de la galerie non-commerciale du bar Floréal montrait les travaux de Thomas Hirschhorn et peu après le Belleville de Willy Ronis.
Elle a participé plusieurs fois au Mois de la Photo à Paris, comme récemment avec le projet collectif "Retour en Lorraine" ou encore l’exposition des photographies de jazz de Jean-Pierre Leloir.

L’exposition "Villes" en 2012 au Pavillon Carré de Baudouin, à Paris, était la dernière grande exposition collective.

L’édition faisait également partie de nos activités. Nous l’avons déjà évoqué : Nous voulions "rendre", "partager" notre travail : plus de 50 livres et catalogues de ses projets photographiques furent édités, dont 23 par Le bar Floréal-édition****.

L’association, présidée par Jacques Lacarrière puis Françoise Denoyelle, a pu exister grâce à beaucoup de bénévolat de ses photographes, principaux porteurs du projet, et des graphistes de Nous Travaillons Ensemble, complices dès la première heure, au soutien des réseaux et ami(e)s des uns et des autres et de l’engagement sans relâche de ses salariés.

Cette histoire de 30 ans laisse derrière elle des traces, des projets dont nous sommes fiers.

L’après-bar Floréal reste à trouver.
Mais une chose est certaine : nous continuons, séparés ou ensemble.

Jean-Christophe Bardot, Bernard Baudin, Sophie Carlier,
Françoise Denoyelle, Eric Facon, Alex Jordan, André Lejarre,
Cécile Lucas, Mara Mazzanti, Olivier Pasquiers, Caroline Pottier, Nicolas Quinette, Laetitia Tura


* GrapusAtelier de création graphique, 1970-1991.

** 21 photographes ont participé à l’aventure du bar Floréal : Jean-Christophe Bardot, Bernard Baudin, Noak Carrau, Sophie Carlier, Jean-Luc Cormier, Sabine Delcour, Hervé Dez, Éric Facon, Nicolas Frémiot, Marc Gibert, Alex Jordan, Lucile Chombart de Lauwe, André Lejarre, Mara Mazzanti, Nathalie Mohadjer, Myr Muratet, Olivier Pasquiers, Caroline Pottier, Nicolas Quinette, Jean-Pierre Vallorani, Laetitia Tura. Accompagnés des salariés : Christiane Bagard, Claudine Durand, Giselle Gattoni, Fouad Houiche, Florence Labalette, Cécile Lucas, Frédérique Mangin, Marie Paire, Anaïs Pachabezian, Niki Picalitos. Présidents : Françoise Denoyelle, Jacques Lacarrière.

*** "Je suis pas mort, je suis là" Exposition sur la situation des migrants bloqués aux marges de l’Europe, par Laetitia Tura et Hélène Crouzillat. Galerie du bar Floréal, Mois de la photo à Paris 2014.

**** Les projets édités par Le bar Floréal : 75 photographes contre l’apartheid / Cité Dunlop, Montluçon / La traversée de Belleville de Willy Ronis / Nord-sud / Serge, Denise, François / Tous pas pareils, tous pareils / Maux d’exil / Mais où va-t’on se rencontrer ? / Cicatrices / Perdu qui comme Ulysse / La collection Marchand / Prendre le temps, il est temps / Images de la femme / Du travail / Associations / La Courneuve, rue Renoir, avant démolition / Premières photos de vacances / Chemins de Croix / D’un regard à l’autre / Paris, centre ville ? / Nous / En coulisses / Monmousseau, 2 automnes et 3 étés / Je suis, je serai.






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