Bienvenue aux insatiables !



L’Insatiable est un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs sur les relations entre l’art et la société. Notre travail consiste à faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque pour mettre en valeur des actions essentielles, explorer des terres méconnues et réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.

Faire un don

< Brèves

Le Manifeste du théâtre citoyen

par L’Insatiable
Thématique(s) : Parti-pris , Politique de l’art Sous thématique(s) : Politique culturelle
Télécharger la version PDF  Version imprimable de cet article Version imprimable


Après les attentats qui viennent d’attaquer, avec la plus grande des violences, le contrat social qui nous lie, chacun se demande : Que faut-il faire ? Nous, compagnies de Théâtre Citoyen, sommes surpris – et désolés – d’entendre seulement aujourd’hui, comme une sorte de consensus : « Il faut des personnes de terrain, dans les écoles, les quartiers, les prisons, pour débattre, parler ; ne plus abandonner l’école et les valeurs républicaines. Il faut de la prévention. La répression ne suffit pas ».

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale, a déclaré : « Même là où il n’y a pas eu d’incidents, il y a eu de trop nombreux questionnements de la part des élèves. Et nous avons tous entendu les "Oui je soutiens Charlie, mais", les "deux poids, deux mesures", les "pourquoi défendre la liberté d’expression ici et pas là ?" Ces questions nous sont insupportables, surtout lorsqu’on les entend à l’école, qui est chargée de transmettre des valeurs »
Boris Cyrulnik, interviewé au lendemain des attentats, déclare que, dans les quartiers défavorisés, depuis trop longtemps livrés à l’abandon, laissant derrière eux une jeunesse perdue : « la solution serait de leur envoyer des gens de culture », une culture qui « se fait par les gens de théâtre, par des gens de terrain […] qui proposent des fictions qui touchent les enfants…  ».

Précisément, au 5ème siècle avant J.C., la démocratie athénienne a inventé le théâtre pour tenir la violence éloignée de la Cité. Cette fonction du théâtre reste aujourd’hui effective et nécessaire.

Nous en faisons chaque jour l’expérience, nous, compagnies de théâtre forum, intervenants, associations et structures qui pratiquons le Théâtre Citoyen au cœur des quartiers, des écoles, des institutions, des prisons. C’est pourquoi nous jugeons nécessaire de faire entendre notre voix.

Notre théâtre s’appuie sur les valeurs de l’éducation populaire. Il favorise la rencontre, la prise de parole, l’écoute, l’échange collectif, le débat, et, à ce titre, il participe d’une culture engagée dans la recherche d’une vraie paix sociale.
En pratique, nos pièces de théâtre présentent des problèmes d’actualité (violence, addictions, racisme, laïcité, respect filles/garçons, citoyenneté…) et exposent les difficultés, voire les drames, qui en résultent pour les personnages. Au terme de la représentation, nous ouvrons le débat et invitons les spectateurs à remplacer l’un ou l’autre des acteurs pour trouver une solution positive aux problèmes posés par l’histoire.

Cette démarche permet de tisser du lien social, d’encourager le débat de manière à confronter les idées dans le respect mutuel et à co-construire de la connaissance. Nous travaillons ainsi à améliorer le « vivre ensemble », à lutter contre le sentiment de fatalité et, aussi, à mettre en garde contre la facilité des a priori et des slogans, afin que s’élaborent les solutions d’un lendemain plus égalitaire, attentif à tous, d’un lendemain où la démocratie ne s’égare pas dans un concept abstrait mais soit incarnée et vivante, conforme à la définition de Paul Ricœur :
« Est démocratique une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité d’associer chaque citoyen à part égale dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions, la mise en délibération de ces contradictions, en but d’arriver à un arbitrage. »

Porteurs des valeurs civiques, républicaines et laïques qui sont les fondements de notre société, nous lançons ici un appel au rassemblement autour de ces valeurs communes à l’éducation populaire et au théâtre citoyen.

Nous n’avons certes pas la prétention de détenir la recette miracle. Nous sommes néanmoins convaincus que la synergie entre notre action et celle de l’Éducation (Éducation nationale, Éducation populaire, Éducation à la santé, parents, associations) est utile pour la Cité puisque notre pratique théâtrale défend la LIBERTÉ de parole, l’ÉGALITÉ dans l’écoute et dans le jeu ainsi que les échanges entre les personnes dans un climat de FRATERNITÉ.

Cette appropriation citoyenne, via la représentation et ses suites, nous la portons depuis des décennies, contre vents et marées, malgré la crise qui a entrainé la réduction drastique des budgets et généré la valorisation d’évaluations quantitatives et d’actions quantifiables au détriment de la réflexion, du sens et de la pensée.

Unissons nos forces pour nous faire entendre par les pouvoirs publics, par les institutions, par les différents médias, et pour trouver ensemble les ressources de diffusion d’une facette de l’Éducation Populaire, vitale pour notre société.

Pouvoirs publics, aidez-nous !

Professionnels de l’éducation, de la santé, du social et de la justice (enseignants, directeurs d’établissements scolaires, infirmières, assistantes sociales, conseillers de probation, magistrats, éducateurs, directeurs d’établissements pénitentiaires…), vous tous qui, d’une manière ou d’une autre et à quelque titre que ce soit, avez à voir avec les questions que pose aujourd’hui notre société et qui avez le souci de préserver la démocratie, rejoignez-nous ! Faites appel à nous !

Aidez-nous à tenir, par le théâtre, la violence éloignée de la Cité !

Nous appelons, par ce manifeste, tous les praticiens et les utilisateurs des différentes formes du Théâtre Citoyen qui s’y reconnaissent, à nous rejoindre.

Cindy Girard & Lyès Mussati, responsables de La Mécanique de l’Instant
Lorette Cordrie, responsable du Théâtre de Jade
René Badache, collaborateur d’Arc-en-ciel théâtre, Île de France
Gilles Fichez, responsable de Tenfor Théâtre

Pour signer la pétition : ici.






Réagissez, complétez cette info :
Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Signalez un problème sur cet article :


Annonces


Articles

J’ai vécu la pro­po­si­tion artis­ti­que de la com­pa­gnie Betula Lenta comme une expé­rience réflexive. J’entends par là que, tota­le­ment immer­gée, j’ai perdu la mesure et du temps et de l’espace. Il n’y a plus que moi et cette dan­seuse subli­mée par une scé­no­gra­phie tout en rete­nue. L’effet sen­si­ble est puis­sant, je n’entends, je ne vois, je ne res­sens plus que dans ce lien, devenu intime.


Sur le pla­teau des Métallos on aper­çoit une fine sil­houette, seule en scène, Ella s’avance len­te­ment vers la lumière pour pren­dre la parole. Dans un labo­ra­toire d’ana­lyse. Elle apprend qu’elle est enceinte, en 2008. Elle s’en dou­tait mais elle s’effon­dre et perd connais­sance. Le choc est brutal. À son réveil, elle est trans­por­tée en 1928, le méde­cin cher­che à com­pren­dre. C’est le début d’un long voyage au plus pro­fond de son inti­mité, dans sa propre généa­lo­gie. Un seul corps, une seule bouche, sont Focus-femmes-aux-Metallos-Les

Un sémi­naire inter­na­tio­nal a réuni une soixan­taine d’inter­ve­nants ukrai­niens et de toute l’UE à Tatariv, dans les Carpathes, en vue d’élaborer un projet Europe créa­tive. Il nous semble inté­res­sant de rela­ter ici com­ment nais­sent les pré­mi­ces d’une telle coo­pé­ra­tion.


Certains textes ne se lais­sent lire sans une voix silen­cieuse susur­rée dans nos têtes. Elle résonne et ampli­fie l’émotion portée par les mots. Tel est, pour moi, le cas des œuvres lit­té­rai­res réu­nies par Alexandre Doublet dans Dire la Vie.


Cette magni­fi­que pièce de Luigi Pirandello mise en scène par Jean Liermier pro­pose une réflexion sur les stra­té­gies défen­si­ves en cas de mort pré­ma­tu­rée d’un fils. Donna Anna va répé­tant que son fils va reve­nir, à la sur­prise hor­ri­fiée de son entou­rage, une famille tra­di­tion­nelle, catho­li­que, rurale. Celle-ci affi­che le bon sens : les morts sont à oublier afin que les vivants puis­sent vivre sans être hantés par eux. À preuve les pier­res tom­ba­les qui empê­chent les morts de sortir des tombes, la cré­ma­tion La-Vie-que-je-t-ai-donnee-Une