Bienvenue aux insatiables !



Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


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Le Bruit du Monde : Appel à textes #5 "DE L’ESPOIR"

par L’équipe
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La revue Le bruit du monde publie des extraits de textes destinés à la scène d’auteur-e-s en « émergence ». Ces textes sont rassemblés autour d’un thème, afin de rendre compte de la diversité de notre génération et d’en faire une force pour réfléchir le monde.

APPEL A TEXTES Numéro 5 : DE L’ESPOIR

« Si l’abîme est un fond, c’est également un fonds. Un trésor dans lequel on peut puiser. »

Michel Maffesoli, Le réenchantement du monde

« De l’espoir ». Parce qu’il en faut. Partout, sans mesure et tout de suite. Après Charlie, après l’épuisement des ressources annuelles de la planète au deux-tiers du calendrier, face à Monsanto et à la légalisation de l’empoisonnement général, après la disparition des festivals et l’asphyxie de la culture, face à l’installation du FN, aux taux de chômage grandissant, à l’épidémie d’abstention, aux cimetières des plages de Méditerranée, aux séries d’attentats en Egypte, en Turquie, au Liban, au Nigéria, au lendemain d’un déferlement de barbarie en plein coeur des quartiers chers aux noctambules parisien-ne-s, devant le pourrissement d’une jungle d’innocent-e-s coincé-e-s entre le pays des Droits de l’Homme et la nation de Churchill, en France, pays de « race blanche » et de tampons taxés à 20%, de l’espoir, parce qu’il en faut et, surtout, parce qu’il en faudra.

Bien qu’on ne puisse décemment mettre ces éléments sur un pied d’égalité, il n’est pour autant pas question ici de tenter d’établir une hiérarchie de l’horreur. Les territoires du désespoir sont divers et complexes, et les chocs qui les génèrent de natures multiples. Nous pensons tout d’abord à l’abattement physique et psychologique que nous avons tou-te-s éprouvé dans la nuit du 13 novembre et les jours qui ont suivi – qui suivent encore –, au lendemain de la destruction de Palmyre ou des attentats d’Ankara. Nous pensons également à l’impact dévastateur que génèrent les catastrophes climatiques ou les changements de régime, tel que le décrit Naomi Klein1, aux récupérations politiques des mouvements révolutionnaires, qui jettent les individus en pâture aux prêcheurs et aux cupides en tous genres. Nous pensons aux impasses de la crise, de la fracture sociale, de la surenchère de violence qui sévit dans le monde. Face aux grands événements de l’Histoire, les cerveaux s’épuisent en raccourcis et en batailles de bons mots sur les réseaux sociaux et dans les médias, laissant de moins en moins de place à la patience, à l’analyse, au recul, à la pensée elle-même, composantes indispensables de la prise de position pérenne et responsable.

Parallèlement, notre quotidien est pollué de micro-violences, de micro-chocs, qui cultivent cette paralysie. On les éprouve à d’innombrables endroits : dans les injonctions omniprésentes des publicitaires (soyez beaux/belles, épanoui-e-s, riches, souriant-e-s, poli-e-s, branché-e-s, à la page, à la mode, jeunes, musclé-e, mince, épilé-e, en couple, heureux/ses, surtout, heureux/ses à en jeter l’argent par les fenêtres) ; dans les médias (ne mangez plus, ne sortez plus, ne faites plus confiance à personne, méfiez-vous de tout et avant tout de vous-même) ; au travail (soyez jeunes, productif/ve, toujours à l’heure, toujours au top, jamais fatigué-e, jamais blessé-e). Ces cadres délirants qui génèrent les névroses, les dépressions voire les psychoses que l’on ne connait que trop, sont martelés avec une telle insistance qu’ils en peuvent, dans certains cas, en devenir rassurants. En effet, si Stig Dagerman écrivait que « notre besoin de consolation est impossible à rassasier », il semble que la consommation ait voulu relever le défi, gavant des individus de camisoles chimiques et les immobilisant sous des piles de coussins multicolores en polyester, annihilant le doute et, avec lui, le courage de faire face au monde. Ne pas se poser de questions, suivre le mouvement, n’est-ce pas la meilleure façon de s’assurer une bonne conscience et d’éviter de se confronter à des décisions difficiles ?

Pourtant, nous avons voulu y croire. Nous avons voulu croire à l’insoumission, aux mouvements Occupy, à la résistance espagnole, aux élections grecques, aux « Printemps arabes », à un gouvernement de gauche en France. Nous avons voulu croire aux banderoles « Welcome Refugees », aux moteurs hybrides, au label bio. Nous avons voulu croire au changement, à la démocratie, à la victoire des valeurs sociales sur la tyrannie de la finance. Nous avons voulu y croire quitte à être parfois déçu-e-s, poussé-e-s dans nos retranchements par des discours abscons et des répressions violentes, qui ont transformé les combats en guerres et l’espérance en colère.

Dès lors, quels sont aujourd’hui les territoires de l’espoir ? Comment les conquérir et surtout, comment faire en sorte qu’ils s’agrandissent, se fortifient et perdurent ? Peut-on ré-enchanter le monde, et de quelle façon ? Quelle place l’espoir tient-il dans notre société ? Quels sont ses moyens d’existence ? De défense ? L’espoir a-t-il, ou est-il, une valeur ? Est-il subversif ou, au contraire, est-il devenu un argument marketing vidé de toute substance ? Finalement, que peut-on réinventer ? Et à quel prix ?

Pour tenter de répondre à ces questions, peut-être faut-il regarder du côté d’un Pierre Rhabi, des croyances pacifistes, des médecines et des économies alternatives. Des mobilisations citoyennes qui ne ménagent pas leurs efforts, à Calais, à Nantes, à Berlin, à Istanbul. Du côté de Fukushima, où la nature reprend ses droits. Au cinéma, aussi, où l’on revient sur le combat des suffragettes et des anarchistes, ou encore à l’ONU, où Emma Watson a abandonné sa cape de Poudlard pour prendre la parole face à des costumes trois pièces ricanants, pourquoi pas ? Peut-être faut-il le puiser dans des détails plus infimes, plus intimes. Une réconciliation. Une reconversion professionnelle. Un tour du monde. Des retrouvailles. Un paysage sauvage, sans fil électrique ni station-service.

Le bruit du monde, « Débats et combats des nouvelles écritures pour la scène », a jusqu’ici voulu ouvrir des espaces de débat. Ce cinquième numéro sera placé sous l’égide du combat. Un combat pour la parole libre. Pour la patience. Pour l’écoute. Pour la bienveillance. Un combat contre le découragement. Contre la résignation. Contre la peur. Contre l’impossible. Ou pour l’impossible. Qu’il devienne une joie, un jeu, un défi à relever. Il s’agit d’aller chercher la brèche dans le mur soi-disant infranchissable, la faille dans la mécanique soi-disant indestructible des puissants, la question qui résiste dans l’esprit résigné. De sortir de nos tiroirs le projet immontable, le désir innommable, l’optimisme inavouable. D’opposer l’universalisme aux communautarismes. L’humanisme au cynisme. L’engagement à la terreur. Car, s’il n’est pas, comme on veut nous le faire croire, idéalisme guimauve et insouciant – voire inconscient –, l’espoir côtoie de près le rêve, et avec lui le risque, le courage et la confiance. L’espoir est aventure. Il est projet. Il est action. Et c’est par l’agir qu’il s’éprouve, qu’il prend corps et qu’il se communique. Certes, nous avons tou-te-s besoin de temps à autre de céder à l’appel du canapé et du paquet de chips. De rentrer dans le moule. De baisser les armes. De reprendre des forces. Car, tout comme la liberté, l’espoir est un combat sur le long terme. Une épreuve d’endurance. Un choix intime et politique, collectif et individuel, quotidien et transhistorique, de plus en plus difficile à défendre. Se dresser sur ses deux jambes et lever le poing ne suffit pas. Il s’agit de rester debout.

Plus que jamais, nous nous adressons aux auteur/trice/s, poètes et penseurs du temps, en espérant qu’ils prodiguent un peu d’air et d’espaces à nos cœurs et à nos imaginaires. Avec eux/elles, grâce à leurs questions, à leurs regards, nous voulons continuer à nous émerveiller de la complexité du monde, à nous battre pour la coexistence des inconciliables, pour les coups de poings sur les tables, pour les querelles de chapelles, de temples, de synagogues, de mosquées, d’assemblées et de partis, afin qu’elles continuent à agiter le perpétuel questionnement qui constitue l’être au monde humain.

« De l’espoir », donc, parce qu’il en faut, et qu’il en faudra, partout, encore, et toujours davantage.

Pauline Peyrade

Si vous êtes sensible à ces enjeux, la revue Le bruit du monde vous invite à vous joindre au combat et à envoyer votre texte en version intégrale et anonyme, ainsi que vos coordonnées dans un fichier séparé, avant le vendredi 26 août 2016, à l’adresse suivante : lebruitdumonderevue@gmail.com ; avec en objet : « TEXTE De l’espoir ».

Le comité de lecture vous fera part de ses retours et proposera une sélection d’extraits des textes retenus pour la publication.

Prenez la parole. Faites du bruit !
La rédaction de la revue Le bruit du monde

Chaque numéro de la revue publie des extraits de textes de jeunes auteurs rassemblés autour d’un thème par le biais d’un appel à textes. Les manuscrits sont lus en version intégrale par le comité de lecture, qui propose ensuite aux auteurs retenus une sélection d’une dizaine de pages en vue de la publication et d’une mise en lecture publique. Les textes courts peuvent être publiés en entier. Les auteurs sont également invités à rédiger une note expliquant leur démarche d’écriture, à laquelle s’ajoute la note d’un lecteur, afin d’accompagner la lecture des extraits.

Le comité s’engage à faire des retours détaillés à tous les auteurs qui auront fait parvenir leurs travaux.

LE BRUIT DU MONDE
www.lbdm-revue.com
lebruitdumonderevue@gmail.com






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