Bienvenue aux insatiables !



Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


Archives

La caricature, c’est la liberté !

A la Maison des Métallos, « Cartooning for Peace » fédère les caricaturistes de toutes les rives de la Méditerranée
par Thomas Hahn
Télécharger la version PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable


Par Thomas Hahn

Le « Printemps arabe » est loin d’avoir créé des paradis sur terre. Mais il a ouvert les portes à quelques nouveautés dans les pays arabes. Une d’entre elles est la caricature politique libre. Son émergence réverbère sur l’ensemble du Maghreb. L’exposition « Cartooning for Peace » sous l’égide de Plantu témoigne de la vivacité et de l’esprit partagé entre les caricaturistes tout autour du bassin méditerranéen. « Nous formons une communauté. Chaque fois que l’un d’entre nous est agressé, les confrères de tous les pays se solidarisent avec lui en publiant des dessins en son honneur, » dit Plantu. « Quand Ali Ferzat, le Syrien qui d’abord dessinait en faveur de Bacher Al Assad, puisque aucune autre presse n’existait, s’est solidarisé avec la rébellion et a commencé à dessiner contre Assad, des hommes cagoulés et armés lui ont fracassé les deux mains. Il vit aujourd’hui à l’étranger. Mais il a recommencé à dessiner. La caricature se passe d’abord dans la tête, » souligne-t-il.


Venus pour l’ouverture de leur exposition commune à la Maison des Métallos, Dilem (Algérie), Nadia Khiari (la créatrice de Willis from Tunis), Elchicotriste (Espagne), Kichka (Israël) et Plantu ont débattu de leur métier et de ce qui les meut.
Bien sûr, les révoltes dans le monde arabe sont au cœur des dessins exposés par « Cartooning for Peace » qui témoigne des bouleversements survenus et de la confrontation des activistes laïques avec les « barbus ». Prenez ce salafiste, une batte de baseball à la main, qui s’apprête à quitter la maison et dit à sa femme : « Je vais voir une expo ! » (dessin de René Pétillon). S’il est vrai que la liberté d’expression des artistes tunisiens est dans le collimateur des intégristes, le conflit a désormais le mérite d’être visible, comme le souligne Khiari : « Sous Ben Ali le dessin politique n’existait pas. Point. » Aussi, le rôle de la caricature dans la presse arabe est doublement important. D’abord comme symbole de liberté, ensuite parce que les journaux publient en arabe classique et leur lecture est donc réservée à une minorité.

Willis from Tunis, ce chat au regard malin car prétendument naïf, va plus loin encore. L’alter ego de Nadia Khiari, professeure de beaux-arts, explore le quotidien de sa ville. Ses commentaires dessinés apparaissent sur Facebook et souvent il s’exprime directement dans la rue, sur murs et palissades, sans passer par les pages d’un journal. En Israël et en Espagne, le pouvoir politico-religieux dans les sociétés arabes est tout autant épinglé, vu qu’il remet en cause la liberté d’expression à l’échelle mondiale.

Aussi, il n’y a pas d’affrontements entre dessinateurs Israéliens et Maghrébins autour de la religion. Pas question de heurter les sensibilités. La caricature, au sens noble, est faite pour éclairer et détendre, pas pour chauffer les esprits. C’est une question d’indépendance. Le dessin de propagande est un dessin instrumentalisé, alors que le vrai caricaturiste est un franc-tireur qui se bat en premier lieu pour la liberté de circulation des idées. Quand il s’attaque au pouvoir, il le déstabilise en rendant évident des contextes politiques complexes. La classe dirigeante est démasquée, à un endroit où elle ne s’y attendait pas. Chez le lecteur cette révélation déclenche un rire libérateur qui donne à David l’énergie et le courage de poursuivre sa lutte contre Goliath. L’ennemi ne paraît plus invulnérable. Ce processus peut se passer d’insultes.


Les caricaturistes sont avant tout de fins analystes de la situation politique et des rapports de pouvoir, l’esprit vif et tranchant, toujours à l’affût. Les idées fusent de façon instantanée. « Nous travaillons dans un esprit de synthèse, et il y a une grande part d’inconscient, » confirment-ils. Mais le lien direct entre le dessin et l’actualité veut que la caricature soit un art plutôt éphémère. Dessiner pour un site internet ou dans la rue ne fait que renforcer cette qualité. Quand un jour (inch’allah !) les attaques intégristes contre les œuvres d’artistes à Tunis ou ailleurs ne seront plus qu’un lointain souvenir, (comment) pourra-t-on alors comprendre la batte de baseball dans la main du salafiste ? Est-ce vraiment pertinent de faire tourner une exposition de caricatures politiques ? Oui, ça l’est, puisque malgré le rapport organique à l’actualité, les caricaturistes s’attaquent aussi à des questions de fond et produisent parfois des chefs-d’œuvre intemporels.
« Des dessins pour la paix », voilà tout de même un drôle d’intitulé, vu qu’on ne dessine ni pour ni contre la guerre ou la paix, mais pour libérer les esprits. Contre la guerre, on manifeste. Pour la paix, le citoyen prie, chante ou écrit des poèmes, c’est selon. Parfois il est même obligé de se battre. De fait, le titre de l’exposition renvoie à l’année 2006 quand Plantu et Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations (si mal) unies ont lancé une initiative pour fédérer les caricaturistes du monde entier et créer un symbole d’unité planétaire. Pas mal vu, vu que l’ONU a tendance à s’autocaricaturer sans contribuer à la paix. Ca vaut bien un déluge de dessins, et même une expo.

Cartooning for Peace
jusqu’au 16 décembre
Maison des Métallos. 94, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
www.maisondesmetallos.fr






Réagissez, complétez cette info :
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Signalez un problème sur cet article :


Annonces

La Justice est au cœur de notre actua­lité… mais aussi de celle de plus de 2000 mili­tants et syn­di­ca­lis­tes aujourd’hui pour­sui­vis pour leurs actes de résis­tance.


Brèves

La party #1 don­nera, ce soir-là, une belle part à l’Ile de la Réunion, sous une forme tra­di­tion­nelle (Seksion Maloya) ou contem­po­raine (Jidé & G !rafe) mais aussi à deux très beaux pro­jets solo, inti­mis­tes et voya­geurs (Tuning & Our Land).
Loran Velia de Seksion Maloya nous fera décou­vrir des saveurs de l’Océan indien et nous vous pro­po­se­rons aussi des bois­sons avec ou sans alcool.


Le 30 mai, pro­jec­tion de films vidéo (extraits d’entre­tiens avec Armand Gatti), lec­ture de textes, témoi­gna­ges de celles et ceux qui l’ont connu grâce à l’écriture, la mise en scène, une action de créa­tion ou sim­ple­ment à l’occa­sion d’une ren­contre tel sera le pro­gramme de la soirée animée par Rachid BelkaÏd, Jean-Jacques Hocquard et Jean-Marc Luneau.


Le Festival TaParole revient à Montreuil du 10 au 18 juin pour une 15ème édition tou­jours placée sous le signe de la chan­son. Venez décou­vrir des artis­tes qui aiment les mots et les chan­tent durant 7 jours.


Les Inattendue(e)s, un week-end de décou­ver­tes marion­net­ti­ques pro­posé par Daru-Thémpô au Manipularium.


Une comé­dienne et un cla­ri­net­tiste che­mi­nent, à tra­vers les textes
de poé­tes­ses per­sa­nes, égyptiennes, syrien­nes contem­po­rai­nes.
Ils don­nent à enten­dre la voix de femmes qui lut­tent par l’écriture,
pour la liberté de dire, de penser, d’être et d’agir.



Nos amis de la troupe Jolie Môme pré­sen­tent actuel­le­ment dans leur très beau lieu de la Belle Étoile une pièce de Bertolt Brecht, l’un de ses textes mili­tants qu’il nom­mait « lehrs­tuck » (une pièce didac­ti­que) et qui dans son esprit étaient des­ti­nés à faire com­pren­dre, en par­ti­cu­lier aux jeunes gens, les fonc­tion­ne­ments d’une société capi­ta­liste tra­vaillée par la lutte des clas­ses.


Veillée pour l’écrivaine Asli Erdogan le mardi 25 avril à 20 heures à La Parole errante 9, rue François Debergue - Montreuil. (métro : Croix de Chavaux).