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La TVA sur les livres : pas de ça chez moi !

Une pétition pour les livres ?
par Michel Thion
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Je viens de recevoir en plusieurs exemplaires l’appel à signer une pétition contre l’augmentation de 5,5% à 7% de la TVA sur les livres.
A première vue, d’accord, je signe. Tout ce qui augmente le prix des livres en rend l’accès plus difficile. On comprend bien pourquoi nos gouvernants ne veulent pas de citoyens lisant, réfléchissant :
« Le Grand Turc s’est bien avisé de cela, que les livres et la doctrine donnent, plus que toute autre chose, aux hommes le sens et l’entendement de se reconnaître et d’haïr la tyrannie ; j’entends qu’il n’en a en ses terres, guère de gens savants, ni qu’il en demande. (Étienne de La Boétie) »
Nous sommes bien, de ce point de vue, gouvernés par un petit Grand Turc.
Mais enfin, avant de signer, j’ai lu le texte de la pétition et là, léger malaise.
« Le gouvernement français vient de passer la TVA du livre de 5,5 % à 7... au même titre que celui des vendeurs de pizzas ou de hamburgers. »
Outre la belle faute de français, le solécisme resplendissant, qu’on s’étonne de trouver sous la plume de défenseurs des livres, il y a un implicite bien méprisant dans cette phrase bancale.
Le lyrisme dégoulinant de la suite du texte conforte cette impression. On l’imagine écrit par le Déroulède d’une nation littéraire fantasmée. Un Déroulède qui aurait fumé son Grévisse…
« Les livres, c’est la gomme abstractive de toutes les inégalités. C’est l’identique voyage offert aux riches ou aux pauvres, invalides ou non, jeunes ou âgés, depuis un fauteuil roulant ou de salon, un lit conjugal encore tiède ou d’hôpital glacé, depuis le banc d’un square ou d’un refuge, ou d’une cellule. »
Si la pensée est aussi approximative que le français, l’avalanche de métaphores outrées est bien un signe. Un signe de domination, un signe de puissance. « Ce n’est pas donné à tout le monde d’écrire comme moi. Et si vous signez la pétition, vous appartiendrez à la même caste supérieure qui m’a engendré. »
Il y a bien mépris ici. Mépris du bas peuple qui, rendez-vous compte, mange des pizzas ou des hamburgers ! Et si le libraire est un instant comparé au boucher ou au boulanger ; c’est pour asséner qu’en plus, « Il sait aussi combien ce qu’il propose se doit de contribuer au bonheur et à l’éveil des sens individuels, et in fine, à la société toute entière. ».
Évidemment, la pizza fait piètre figure face à ce destin christique attribué aux livres…
Conclusion et transition vers la deuxième partie de l‘escalade : « Dans électeur, après tout, n’y a-t-il point « lecteur » ? Oui, en effet, certes, et dans transatlantique, n’y a-t-il point « antique » ?…
On pourrait gloser longtemps sur ce texte affligeant, mais il reste un point. La TVA est l’impôt injuste par excellence, qui frappe les pauvres bien plus que les riches, et toute augmentation de son taux appauvrit les pauvres et ne touche pas aux riches.
Que ce soit sur les livres ou sur autre chose, il faut supprimer la TVA et la remplacer par un impôt juste, proportionnel aux revenus, et véritablement redistributif.
Réclamer une exception pour le livre, en abandonnant la pizza à son triste sort, c’est se tromper de cible, c’est préserver notre belle corporation d’écriveurs de livres, nous qui sommes tellement les meilleurs bienfaiteurs de l’humanité, c’est dire au peuple qui achète des hamburgers, le malheureux, qu’il mérite bien son triste sort et qu’on peut bien lui coller une TVA monstrueuse du moment qu’on ne touche pas au sacro-saint livre, Alléluia au plus haut des plafonds de bibliothèque.
LE livre n’existe pas. Il y a des livres concrets, bons, mauvais, utiles, délétères, dans la vie réelle. Cette pétition est une autocélébration délirante, corporatiste et boursouflée, dont les grandes envolées ne masquent pas la consternante pauvreté politique.
Je ne la signerai donc pas.

Michel Thion
On peut consulter le texte de cette pétition à l’adresse :
http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2011N16249


Note de la rédaction de MicroCassandre : Au-delà du débat lancé par Michel Thion, nous tenons à affirmer que la défense des librairies et des diffuseurs indépendants est évidemment pour nous un enjeu crucial. Signalons aussi qu’il y a au moins une autre pétition sur le même sujet ! Voici son lien…






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