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« L’impossible neutralité » selon Groupov

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Le collectif belge Groupov n’en est pas à sa première création uppercut. On se souvient de Rwanda 94, pièce mémorielle colossale. Avec L’impossible Neutralité, c’est le conflit Israélo-Palestinien et la situation à Gaza qui sont abordés.

Pour introduire et conclure le propos, le spectacle reprend de larges extraits du témoignage de Nurit Peled-Elhanan, qui a reçu le prix Sakharov du Parlement Européen en 2001. Cette Israélienne, dont la petite-fille a été tuée lors de l’attentat suicide d’un Palestinien à Jérusalem, a créé l’association « Familles endeuillées pour la paix ». Elle pointe le gouvernement israëlien et ses complices occidentaux, qui font des mères palestiniennes et israéliennes les victimes d’un ennemi commun.

« Sur scène les enfants morts nous accompagnent », explique le comédien Raven Ruëll. « Et ce sont principalement les enfants de Gaza dont nous suivons la tragédie, eux qui furent 521 à être tués lors de l’opération militaire au doux nom de " Bordure protectrice" menée par Israël à l’été 2014 ».

Endossant le rôle de David Sheen, journaliste israëlien indépendant, Raven Ruëll se fait le porte-parole des recherches et engagements de ce dernier. Témoignages, extraits de livres, déclarations publiques et statuts Facebook forment un matériau complexe. Celui-ci permet d’évoquer la stratégie guerrière des dirigeant israéliens et la manière dont le ressentiment anti-palestinien se répand dans le peuple avec la force d’une idéologie.

L’appel au meurtre de bébés est vu ici comme le franchissement de l’ultime tabou, un discours qui n’arrive que très rarement jusqu’aux médias européens, mais qui est banalisé en Israël, dans la bouche de rabbins, de membres du gouvernement, ou d’anonymes sur les réseaux sociaux. Ainsi, il est possible d’affirmer à visage découvert « Il n’y a pas de plus belles photos que celles d’enfants palestiniens morts », ou encore « Il n’y a pas de victime civile innocente à Gaza », sans risque de sanction légale - quand les auteurs ne sont pas directement acclamés.

La matière iconographique est impressionnante, problématique dans sa teneur non-fictionnelle, d’une violence frontale. Si la vision des petits corps sans vie n’est pas épargnée au spectateur, c’est pour pointer cette systématisation de l’appel à la haine envers les Palestiniens, et non par volonté de bouleverser ou de choquer. C’est ce qu’affirme Raven Ruëll avant que ne soient projetées, sur un mur de béton armé en partie ébréché, les photos de dizaines d’enfants ayant succombés aux frappes israéliennes.

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© Dominique Houcmant

Pourtant, la mise en scène de Jacques Delcuvellerie est bouleversante, et par bien des aspects, choquante. La longue liste de noms d’enfants morts qui défile (certains n’ont vécu que quelques jours) désigne l’horreur avec sobriété. Ces identités fauchées, qui se découpent sur fond noir, sont certainement plus légitimes, dans leur signifiance et leur universalité, que le pêle-mêle de cadavres sanguinolents ou carbonisés qui l’a précédé. Entre vision traumatique et saturation de l’œil, la monstration de ces scènes de guerre renvoie à la banalité de leur diffusion, peu ou pas contextualisée, dans les journaux télévisés.

En revanche, les nombreux chiffres énoncés, ou encore les clichés vu du ciel de la bande de Gaza bombardée, nous donnent d’autres références que les mots aseptisés transmis par nos médias. A l’heure où la communauté internationale est aux abonnés absents, ce théâtre documentaire est un signal d’alarme envoyé par un humain à d’autres humains.

« Je ne peux plus dé-voir, je ne peux plus dés-entendre, c’est important de dire les noms… », scande Raven Ruëll. Le jeu du comédien, seul en scène, est très juste. Plus encore quand il va puiser dans ses propres souvenirs, dans ses propres zones de vulnérabilité, afin d’évoquer son empathie avec les blessés et les morts de Gaza. L’intime rejoint ainsi des tragédies géopolitiques qu’on aurait tort de regarder avec distance.

Aurore Krol

L’impossible Neutralité, un spectacle du Groupov, dans le cadre du Focus Palestine, décembre 2015 – janvier 2016. Maison des Métallos à Paris.






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