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Articles

L’art est un faux dieu

De la défétichisation
par Jean-Louis Sagot-Duvauroux
Thématique(s) : Politique de l’art
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En 1949, le photographe Seydou Keïta ouvre une échoppe de photographe à Bamako, le chef lieu très provincial de la colonie du Soudan français. Il a l’œil aigu, le sens et le goût de l’image. Il ne tarde pas à se tisser une clientèle. Notabilités locales, mariés du jour, élégants zazous, pèlerins retour de La Mecque défilent chez lui pour se faire tirer le portrait.

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Sans titre, 1949-1952 - Tirage argentique baryté -

Ces tirages font vivre l’artisan et sa famille. Ils embellissent les murs des maisons bamakoises, passent de mains en mains dans les albums où ils sont conservés. Beau destin pour de grandes images. Des décennies plus tard, le Soudan français d[...]

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2 commentaire(s)

Jean-Louis Sagot-Duvauroux 11 mai 2014

Bonjour, voici la conversation engagée avec Olivier Barlet sur facebook à partir de mon texte L’art est un faux dieu. Spécialiste du cinéma africain, Olivier est l’infatigable animateur de la revue et du site Africultures, un outil exceptionnel pour suivre et comprendre la vie culturelle de l’Afrique d’aujourd’hui. Son optique est différente de la mienne, mais par définition, elle place le focus sur des aspects moins discernables depuis le point de vue où je parle. Merci à toi, Olivier.

Merci Jean-Louis,
J’aime toujours bien ta prose et tes analyses. Je ne suis pas sûr cependant de te suivre sur ce terrain :
1) fétichisation certes, mais c’est un processus de tous temps et lieux : on fantasme sur une oeuvre "exotique" - le rapport colonial ou néocolonial fait le reste. Il y a forcément élection, bien sûr marquée par les stéréotypes.
2) la validation par l’ailleurs, elle aussi, fait partie du jeu culturel, social ou politique un peu partout... J’écrivais dans mon dernier bouquin :
"Si l’accueil réservé aux soutiens économiques et artistiques qui ne vont pas tarder à se développer débouche sur des rapports qu’Elisabeth Lequeret qualifie de « quasi-incestueux » et peut paraître ainsi une aliénation, c’est en fait une stratégie aussi pragmatique que pertinente. Il s’agit en effet, en l’absence de structures et de soutiens nationaux, d’accéder aux moyens du cinéma pour affirmer son indépendance nationale autant que son autonomie culturelle. Les premiers cinéastes brisent sans attendre le monopole colonial des images d’Afrique et affirment leur capacité à le remplacer, en utilisant Paris comme instrument de sa validation. Celle-ci n’est pas d’ordre identitaire ou idéologique mais artistique. Les premières décennies des cinémas d’Afrique sont marquées par des chefs-d’œuvre. Et la reconnaissance par les grands festivals internationaux restera l’outil d’une validation qui ne peut venir de l’intérieur tant que la diffusion des films en Afrique n’est pas maîtrisée, ce qui ne sera pratiquement jamais le cas. La rapide création des Journées cinématographiques de Carthage en 1966 et de la Semaine de cinéma africain de Ouagadougou en 1969 qui deviendra le Fespaco en 1972 offre des opportunités internes de consécration, mais elles ne cesseront de lutter pour être reconnues comme instruments de validation internationale."
amitiés
Olivier

Merci à toi, Olivier, d’avoir pris le temps de cette contribution. La fétichisation (ou la sacramentalisation) dont je parle est l’enfant d’une des plus passionnantes histoires intellectuelles et spirituelles qu’ait produit l’humanité, celle de la modernité occidentale. Elle « consacre » au sens propre du terme l’autonomisation de l’invention du symbolique, son émancipation. En forgeant peu à peu, depuis le XVe siècle, les grands paradigmes de l’art, de l’artiste, de l’œuvre, de la création, elle se donne les outils d’une histoire libre et non répétitive dont, quand nous en avons la curiosité, nous pouvons chaque jour goûter les joies propices. Mon propos ne vise donc nullement à déprécier la grandeur de ce trajet, mais à le remettre à sa place qui ne prend pas toute la place. La figure que l’Occident a donnée à l’invention de son imaginaire n’est pas universelle, mais singulière. Elle n’est pas éternelle (éternellement « contemporaine ») mais datée et mortelle. Je pense que la remarquable puissance émancipatrice de ces paradigmes est en voie d’épuisement, qu’ils ont même commencé à bloquer l’invention du monde et qu’il faut passer à autre chose. Une des causes de cet épuisement tient au fait qu’ils participent à une représentation du monde intimement impliquée dans la domination occidentale et ses violences. Ce que j’appelle la conversation des cultures, conversation non seulement des contenus, mais des règles du jeu est un des outils à notre disposition pour opérer ce dépassement. On parle beaucoup aujourd’hui de déclin de l’Occident comme s’il s’agissait d’une amère évidence. Ce que je vois est plutôt un déclin de la domination occidentale, mais il n’est écrit nulle part que l’histoire de notre partie du monde doive s’arrêter et cesser de porter ses fruits parce qu’elle n’a plus les moyens d’imposer sa vision et ses lois au reste du monde. La défétichisation que j’invoque, le changement de paradigme est une invitation à débloquer cette histoire désormais entravée par sa prétention à l’universalité, à la mettre en conversation et à lui rendre ainsi une perspective heureuse. Cette mise en conversation, à laquelle d’ailleurs les réseaux mondiaux commencent à donner figure, porte en elle-même une « validation par l’ailleurs » en effet souhaitable. Mais dans les exemples que tu évoques à partir de l’histoire du cinéma africain, il s’agit plutôt d’une validation de la périphérie par le centre. Tu as tout à fait raison de souligner combien cette validation reste aujourd’hui un point de passage obligé et de refuser les anathèmes idéologiques, qui vouent à l’impuissance. On peut rêver néanmoins d’autres formes de validation dans un monde « en réseau ». On peut même commencer à les mettre en œuvre. N’est-ce pas en partie le projet d’Africultures ?

Jean-Louis Sagot-Duvauroux

Merci Jean-Louis pour ta longue réponse,

Concernant la question de la validation occidentale, c’est malheureusement encore le cas : que ce soit le Dak’art ou le Fespaco (qui n’est pas reconnu comme festival international de valeur "3" dans la catégorisation internationale), que ce soit auparavant pour la Biennale de Johannesburg ou autres festivals ayant cherché une amplitude de validation, toutes les tentatives africaines ont jusqu’à présent échoué pour trouver ce statut, que les artistes vont donc chercher en Occident puisqu’ils en ont besoin.
Les causes sont bien sûr à chercher dans la fétichisation à laquelle tu fais brillamment référence, et à la survivance des mentalités coloniales dévalorisantes et exotisantes, en plus d’une désorganisation historique de l’Afrique maintenue par les pouvoirs post-indépendance.
Tout cela mènerait d’ailleurs à rapprocher la réification de la fétichisation puisque les deux notions font finalement appel à l’imaginaire.
Les choses changent doucement, en fait surtout lorsque les gens du Sud s’autonomisent et s’auto-organisent, et prennent comme tu le dis leur place dans les réseaux internationaux sans passer par les instances validantes, lesquels réseaux développent aussi des alternatives.
C’est bien sûr le projet d’Africultures de faire écho à leur voix, et de contribuer à une visibilité internationale des artistes et de leurs créations égale à celle du ceux du nord à travers le projet Sudplanète (www.spla.pro) qui réalise actuellement plus de 25 portails culturels nationaux, déclinaisons du portail global, et qui ont leur propre newsletter culturelle nationale. Un petit ajout cependant concernant le départ : Seydou Keïta et la photographie de studio. Notre projet Afriphoto s’est justement intéressé à une image autre, qui donne beaucoup moins prise à l’exotisme immédiat correspondant tellement à ce qu’on attend de l’Africain, à la fois fantasque et corporellement expressif. On trouve sur le site afriphoto.com plus d’une centaine de séries toutes plus originales les unes que les autres qui montrent qu’une véritable vision échappant à la fétichisation existe bel et bien dans une grande diversité d’approche et dans tous les pays.
Le problème est bien sûr que la reconnaissance de ce travail au niveau international (c’est-à-dire comme on l’a vu par le Nord) est encore à la fois limitée et récente, tant l’adjectif "contemporain" n’est attribué que depuis peu aux arts d’Afrique. Ce fut un de nos principaux objectifs à Africultures de lutter pour cette reconnaissance.

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jean Robert Franco 9 mai 2014

Oui mais la statue de Memnon en émettant un son inaugure la "religion artistique" et son discours.
Jean Robert

http://jrf.actuelart.fr Signaler
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