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[L’Insatiable soutient] Le bouleau, la vigne et le cerisier (Tchernobyl, le Blayais, Fukushima)

Brut de béton
par Nicolas Romeas
Thématique(s) : Politique de l’art Sous thématique(s) : Théâtre
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Brut de béton production est une équipe dont le (voire la) geste artistique ne saurait être déconnecté(e) des réalités sociales et politiques du monde contemporain. Du « Milieu du Monde » où, tout au long des années quatre-vingt, il co-anima à partir de Billom (4000 habitants, Puy-de-Dôme) un « centre d’activités culturelles en milieu rural » jusqu’à la manifestation qui aura lieu du 11 au 15 mars prochains à la Maison de l’Arbre de Montreuil (chez Armand Gatti) en passant par la création du collectif « Parce qu’on est là », Bruno Boussagol ne cesse d’être l’un des plus actifs représentants de cette espèce rare et précieuse : les artistes lanceurs d’alertes.

« Si le monde explosait, la dernière voix audible serait celle d’un expert disant que la chose est impossible. » Peter Ustinov

C’est, outre le talent et l’intelligence artistique et humaine de Bruno, la raison principale de notre amitié pour cette compagnie (très) mal récompensée de son travail par les pouvoirs publics. [1] Peut-être son engagement total contre les dangers du nucléaire à l’échelle mondiale n’est-il pas tout à fait étranger à ce manque de soutien…

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Collectif « Parce qu’on est là » © DR

Lors de cette manifestation à la Maison de l’Arbre, un texte majeur de Svetlana Alexievitch, Elena ou la mémoire du futur sera notamment présenté. Il s’agit du prologue à La Supplication, magnifiquement mis en scène par Bruno Boussagol. Voilà ce que Bruno dit à propos du parcours d’une des grandes expériences de sa vie artistique, fondée sur le choc de Tchernobyl, qui lui a inspiré plusieurs spectacles et installations…

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« À l’automne 1998, nous avons été de ceux que la lecture de La Supplication de Svetlana Alexievitch a bouleversés. Bouleversement tel que notre compagnie (Brut de béton production) a littéralement « pris en charge » ce livre et celles et ceux qui y étaient contenus. Dés lors, nous sommes devenus artistiquement des lanceurs d’alertes. Outre dix mises en scène en français de différents moments de ce livre - en particulier Elena ou la mémoire du futur, nous sommes partis une dizaine de fois en Biélorussie puis en Ukraine dans les Zones Interdites.

Nous y avons plusieurs fois retrouvé Svetlana Alexievitch. Dès 2001, nous avons rencontré avec Virginie Symaniec le théâtre de la dramaturgie biélorussienne afin de réaliser une mise en scène en biélorusse et en russe de notre Prière de Tchernobyl.

Cette version a un destin qui nous échappe.

Nous savons seulement qu’elle est toujours au répertoire de ce théâtre depuis 14 ans et qu’elle a circulé de la Sibérie à la Pologne. Véronique Pilia et Christine Bard jouent devant la Centrale de Tchernobyl le 26 avril 2006.

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En avril 2006, nous avons abouti le projet de Diagonale de Tchernobyl - d’où est issu Le Petit musée de la catastrophe - partie de Tcherbourg pour Tchernobyl même via la Belgique, l’Allemagne, la Pologne et finalement l’Ukraine et retour au festival d’ Aurillac avec entre 15 et 50 participants (selon les périodes) ukrainiens, biélorusses, allemands, italiens, anglais, français, arméniens, québécois.

En 2008, nous avons tenté de créer un festival à Ivankov (ville administrant Tchernobyl) afin de soutenir le projet de Centre de santé de Yuri Bandajevski. Nous avons renoncé faute du soutien financier public nécessaire. Puis le 11 mars 2011, l’accident redouté de Fukushima a un temps réveillé les consciences pour finir dans l’extinction du sentiment de solidarité (comme pour les victimes de Tchernobyl). Désinformation de masse à l’œuvre, déni de responsabilité des pouvoirs politiques, acharnement du lobby nucléaire mondial à démontrer qu’il n’y a pas de conséquences sanitaires graves.

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Notre réponse artistique n’a pas été immédiate tant la charge était puissante.

Mais surtout nous avons estimé qu’il n’était que temps de rendre tangible l’imminence d’un accident grave en France.

À la suite d’un premier procès théâtralisé instruit à Toulouse par Les journées d’étude pour Sortir du nucléaire, nous avons répondu à la proposition de cette équipe de le prolonger.

C’est depuis novembre 2012 la tournée sans fin de L’impossible procès. D’avoir engagé depuis 17 ans Brut de béton production sur le terrain de la contamination radioactive a porté à conséquence. En particulier nous avons rencontré la réticence des pouvoirs publics à nous suivre. À ce jour, nous avons perdu toute subvention alors que plusieurs années durant nous étions conventionnés avec l’Etat. Nos spectacles n’ont pas été programmés dans les institutions et nous avons dû nous immiscer dans les interstices de la Cité pour exercer notre art avec le soutien souvent militant des spectateurs et des organisateurs. Ce fut le cas de Brigitte Mounier qui jouera Fukushima terre des cerisiers dans le cadre de notre manifestation à la Maison de l’Arbre. »

Bruno Boussagol

Ceux qui connaissent Brut de béton le savent, il s’agit d’une des équipes les plus précieuses aujourd’hui par l’exigence de son propos, de son art et de sa recherche profonde sur la façon dont le théâtre peut agir sur la société à partir de ses « lieux de difficulté ». Lorsque nous avons rencontré Bruno la première fois, il menait depuis déjà trente ans un atelier de création théâtrale au sein de l’hôpital psychiatrique du Puy-en-Velay. Avec la compagnie Aujourd’hui ça s’appelle pas, il a mis en scène une dizaine de spectacles créés par de jeunes autistes et psychotiques, ce parcours singulier en a fait un spécialiste des relations entre l’art et la folie. Cassandre/Horschamp a trouvé en lui un compagnon de route d’une grande qualité, qui a beaucoup compté pour nous, notamment lors du cycle que nous avons organisé il y a plusieurs années au couvent des Récollets sur la pratique de l’art dans les lieux de relégation et d’exclusion, ce que nous appelons les « Hors-champs de l’art ». La découverte de cette expérience et les conversations, parfois vives et toujours passionnées avec Bruno, nous ont beaucoup apporté en ce que ces réflexions et surtout ces pratiques font comprendre et ressentir la puissance des ressorts archaïques de ce rituel collectif qu’on appelle le théâtre.

Nicolas Roméas

Brut de béton production propose du 11 au 15 mars 2015 à La Maison de l’Arbre de Montreuil Le bouleau, la vigne et le cerisier (Tchernobyl, Le Blayais, Fukushima) : des rencontres autour d’un film, d’une exposition, d’une lecture, d’un spectacle, d’un débat, d’un bal. Moments d’information, de réflexion, d’émotion, d’espoir et de vie aussi. Nous avons choisi de commencer cette manifestation le 11 mars, 4 années exactement après le début de la catastrophe de Fukushima. L’autre ville de référence sera Tchernobyl. Le Blayais entre dans cette série comme lieu imaginaire d’une catastrophe redoutée.

Le programme complet de la manifestation est ici

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[1De 1982 à 1986, les Rencontres des spectacles vivants en Auvergne programment plus de 150 spectacles produits par Le Royal de Luxe, Le Puits aux images, le Cabaret Equestre Zingaro, l’Illustre Famille Burattini, Le Living Theater, Michel Portal, Angélique Ionatos, Don Cherry, Manu Dibango, Généric Vapeur, L’Oiseau Mouche…

À partir de 1989, le cadre de vie et de création à la campagne est abandonné. Brut de Béton succède au Milieu du Monde. Depuis dix-huit années, trente-cinq spectacles sont réalisés à partir d’évènements politiques et sociaux, l’écriture immédiatement contemporaine servant de support textuel. Ils sont répétés et joués dans les « interstices » (friches religieuses, scolaires, industrielles, maisons du peuple, rues…).

De 1989 à 1993, le Festival Art en Souffrance met en valeur les œuvres réalisées par des artistes marginaux à la société (autistes, handicapés, délinquants, prisonniers).

Dès 1990, Brut de béton participe au collectif 12 octobre 92 contre la célébration de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Il produit au Guatemala Qui che Achi, unique spectacle sur l’histoire des Indiens.

1997 est l’année du centenaire de la naissance, à Billom, de Georges Bataille. En co-réalisation avec Anabase (aujourd’hui La Traverse) organisation des Café-Bataille, Tribunal-Bataille et de la Nuit de l’Incertitude.

En 1997 et 1998, Brut de Béton production dirige le Festival de la Pensée - Les Pascalines. Ce festival met en tension art contemporain (dans la rue) et débats philosophiques (hors université).

En 1999, au sein du collectif G.H.I., la compagnie participe à la défense de Etc… Art, lieu indépendant de création à Clermont-Ferrand.

À partir de février 2000, les Diagonales de la Pensée poursuivent le brassage d’idées d’une ville à un village, d’un bistrot clermontois à un ancien lavoir parisien, d’un texte à un autre, dans une sorte de festival éclaté dans l’espace et le temps.

En avril 2002, Brut de Béton production et le Théâtre de la Jeunesse de Gomel se sont associés pour produire le premier Festival de Théâtre Francophone en Biélorussie. Ce même mois était créé avec le Théâtre de la Dramaturgie Biélorussienne à Minsk (capitale de la Biélorussie) la version russe et biélorusse de La Prière de Tchernobyl.

Au Printemps 2003, Brut de Béton Production a organisé à Clermont-Ferrand, en collaboration avec l’association Perspectives Biélorussiennes, durant un mois, le festival « En attendant la Biélorussie… ».

D’octobre 2003 à août 2006, les répétitions et les créations s’inscrivent en partie au Moulin de l’étang à Billom avec le Moulin à gaz et trois autres compagnies.

En avril-mai 2004, le spectacle Tchernobyl now (La Supplication, Svetlana Alexievitch) est joué dans 22 villes en France avec le Tour de France pour sortir du nucléaire.

En novembre 2004, Brut de béton production organise, un festival sur la thème de la mort intitulé Mort pour mémoire à Billom (le Moulin à gaz).

En 2006, La Diagonale de Tchernobyl est réalisée avec une trentaine d’artistes pour rendre hommage vingt ans après aux “liquidateurs” de la catastrophe.





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