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Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


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Entretien avec Jean Bojko (metteur hors scène)

Naissance de l’Université des Bistrots et une bière...
par Valérie de Saint-Do
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Le TéATr’éPROUVèTe installé dans la Nièvre et le Morvan vient de clore une action théâtrale menée sur trois ans et qui a vu naître une Université des Bistrots et une bière tout en questionnant les rapports plaisir et connaissance et les fondamentaux du théâtre.

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Jean Bojko en travaux pratiques

Comment tout cela est-il né ?
L’Université des Bistrots s’inscrit dans ce projet intitulé « Alors ? On s’en brasse ? » que nous avons lancé il y a trois ans en nous inspirant de l’histoire de l’abbaye du Jouïr à Corbigny dans la Nièvre et notamment de la polémique autour des reliques de Saint Léonard que les Corbigeois ont prétendu posséder. Il s’agissait d’une affabulation collective comme il en a existé en d’autres lieux pour attirer les pèlerins et faire prospérer l’abbaye. On avait déjà au Moyen âge le souci du développement du territoire et le sens de la communication.

Vous partez d’un mensonge ?
C’est cela qui nous a donné l’idée de travailler sur la relation entre le vrai et le faux , l’imaginaire et le réel, le virtuel et le tangible. Il y a eu d’abord ce travail avec deux communes du Morvan , Brassy et Gien sur Cure que nous avons associées avec deux écrivains ( Ricardo Montserrat et Jean Cagnard) pour titiller l’imaginaire local et qui a donné deux livres étonnants, écrits par les habitants . Ensuite, nous avons inventé cette bière virtuelle que nous avons baptisée « La bière de l’Abbaye du Jouïr » et qui nous a servi à mettre en place cette université joyeuse et impertinente où plaisir et connaissance sont assis à la même table, où nous invitions les gens à s’enivrer (de savoirs !) sans modération. Nous avons ainsi organisé 52 rencontres conférences débats dans 20 cafés de la Nièvre pleins comme des œufs à chaque fois.

Et vous arrêtez malgré le succès de la formule ?
Le 20 mars dernier nous avons en effet procédé à la joyeuse mise en bière de l’Université des Bistrots qui disparaît donc sous cette forme et qui laisse comme trace une « bière de l’Abbaye du Jouïr » bien réelle cette fois-ci, concoctée par Didier Dumas, artiste et maître brasseur à Sancerre. Une manière de passer du poétique à l’économique, du virtuel au réel, du mensonge à la vertu, de l’art à la vie de tous les jours. En faisant exister cette bière (à consommer avec modération cette fois), nous répondons à la question initiale : « Alors ? On s’en brasse ? » et la boucle est bouclée. En fait, il a fallu tout cela pour faire apparaître une bière dans cette abbaye de Corbigny. Vous réalisez le potentiel du théâtre capable de produire autre chose que des spectacles ! C’est-à-dire des histoires qui s’inscrivent dans un espace conventionnel, dans un temps conventionnel, suivant des règles du jeu conventionnelles. Car cette bière n’est pas seulement une bière, elle raconte à chaque fois qu’on la déguste une histoire mise en scène dans l’espace social. C’est une autre façon de faire du théâtre. Nous, nous appelons cela du théâtre sans H , c’est-à-dire un théâtre qui redescendrait de sa hauteur , qui sortirait de sa cage, pour investir la vie quotidienne et rendre de ce fait la vie de tous les jours un peu moins emmerdante. C’est un travail sur les rapports art et société qui prend une forme un peu plus radicale.

C’est une plaisanterie à l’échelle d’un territoire ?
C’est très sérieux dans le fond. Cette action, comme toutes celles que nous menons, relève d’une mise en scène dans l’espace social , prévue pour trois ans. C’est une manière, pour nous, de raconter une histoire, de faire décoller des points d’interrogation, de révéler le potentiel local , d’expérimenter d’autres formes de relation entre le culturel et le social, de rassembler les gens en leur proposant autre chose que le statut de spectateur. S’arrêter alors que cela marche, c’est aussi une façon de se remettre en question, de rester dans le mouvement, de ne pas reproduire une nième version d’un évènement. Etre créatif cela suppose rompre avec l’habitude qui ne mène , quoiqu’on fasse qu’à la passion triste comme dirait Spinoza, c’est-à-dire à l’impuissance. Mais si dans plaisanterie, il y a plaisir, si cela sous entend un art de produire du plaisir , de faire ce qu’il nous plait, oui alors c’est une plaisanterie. D’aucuns considèreront que notre réflexion sur le théâtre n’est pas très sérieuse. Pour nous, produire des objets artistiques calibrés destinés à un marché, c’est cela qui n’est pas sérieux pour le théâtre dont la fonction sociale et politique est ainsi détournée. Nous essayons d’explorer d’autres voies en gardant à l’esprit cette remarque de Youtkevitch : « Le défaut du blasé, c’est le manque d’imagination. Il borne l’univers, temps et espace aux limites de son propre savoir et pour lui la fin du monde commence à la frontière de son cerveau. Il ignore que le trésor des possibles est inépuisable ».

TéATr’éPROUVèTe
L’Abbaye du Jouïr
58800-CORBIGNY
0386200517
www.theatreprouvette.fr






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