Deux p’tites ballades pour TaParole

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Deux p’tites ballades pour TaParole

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par Pauline Perrenot
Sous thématique(s) : Cotons Tiges , Montreuil , TaParole , festival , Maison de l’Arbre , la Parole Errante
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C’était un week­end au cœur de juin, balancé par les airs d’un festival, suspendu. TaParole promène artistes et chansons depuis treize ans, depuis qu’une « idée collective », souffle Roxanne Joseph, fondatrice du festival, a bercé des passionnés de la chanson. Des années en arrière, 200 personnes se rassemblaient dans une cour d’immeuble, dans le 20ème. Voilà qu’aujourd’hui, 2500 se pressent à la Parole Errante de Montreuil pour entendre, danser, rire et sentir bouillonner cet « esprit vivant un peu bordélique sur les bords » ! Mais tout roule, tout glisse avec plaisir ; année après année, bénévoles et amis reviennent pour le seul plaisir d’être là, à nouveau, simplement ensemble. L’association Bolondokhaza, qui organise le festival, « prend le contre­pied de l’ennui, du formatage et du manque de curiosité qui caractérisent notre époque ». Ici, ils égrènent des frissons qui chantent au creux des corps. Deux petites chansons, aussi, plaisant et léger exercice de jeunes et romanesques rédactrices pour se souvenir en chœur (il ne vous reste qu’à les mettre en musique).

Vu et entendu au festival TaParole du 5 au 14 juin 2015 à La Maison de l’Arbre
(La Parole errante) 9 bis, rue François Debergue à Montreuil.

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À Ta Parole, on a vu :

Des émus de revenir

Des qui avaient attendu toute l’année

De sautillants contrebassistes (ce qui est rare)

Des chanteurs à voix rauque,

À voix basse,

À pleine voix

Et un dessinateur qui croque, qui croque

Les éditions Libertalia,

Au catalogue appétissant

Une grande carte du Kurdistan

Et ses exégètes engagés

Des gamins nu­-pieds qui dansent

Des affiches peintes par qui voulait

Des tracts de soutien au foyer des Barras

Et un dessinateur qui croquait, croquait

Et ça soutenait, peignait, dansait

Et ça dansait parce qu’on y chante,

Et cela chuchotait, acclamait, frissonnait,

Et se taisait autour d’une voix longue

Qui s’offrait sur la scène

Pour au­-dehors

Verre à la main, oreille ouverte

Reprendre avec les inconnus

Une conversation toute simple.

Pendant que le dessinateur

Croquait, croque , croque...

Coline Merlo

Les papiers dansent sous les bourrasques

Le vent soulève les jupes des dessins d’enfants

crieurs.

Chasse à la chanson !

Les gens débarquent

Des pressés, aperçus dans le métro,

Des groupes, des curieux, des toujours ­là…

Le lieu est pris aux mots

La Parole erre.

Bavardeuse, ici ou là,

Déliée, détendue

Et chantante.

Partout.

« Parce que quoi ?

Parce que ça décrasse les oreilles ! »

« Et pourquoi ? Parce que...

Ça décrasse les oreilles ! »

Ils savent y faire ces drôles de garçons

Ces Cotons de Tige en marcel blanc,

La boucle à l’oreille, le petit air au corps.

Dix cordes, un tambour,

Six mains, trois voix.

Ils arrêtent les passants,

Ceux qui filent leur route,

Circulent la tête en l’air,

Les oreilles pleines de sons.

Avant, après, pendant,

Ils chantent pour que rien ne s’arrête !

Et v’la que ça s’dandine

Sur un dernier flirt,

pooooouuuuuur un petit toooouuuuuur,

au petit joooouuuuur...

L’espace est grand ouvert

On serpente au­-dehors,

Près de la maison de l’arbre,

Dans la boîte noire, cerclée de tissus.

Les gens se lâchent sur les gradins,

Virevoltent au devant de la scène.

Et un ogre passe.

C’est Fredo des Barback !

Il chante Renaud, une guitare, un accordéon.

Une communauté de mots chatouille les lèvres

Tout le monde y va du refrain, du couplet

On les connaît.

Plaisir flottant et rage au ventre

Il a le corps dans la voix

Mâche les mots d’un homme qui parlait d’en bas,

Dans le temps !

« J’ai chanté dix fois, cent fois

Crié sur tous les toits,

Ce que je pensais de toi »

Ces phrasés qui collent à la peau

« société tu m’auras pas ! »

Et d’autres encore.

Les Yeux d’la Tête, Johnny Montreuil, Loïc Lantoine,

Les pieds pétrissant la scène.

Des mots enrobés de cuivre,

Des cordes enrobées de mots.

Et d’autres encore. Radio Elvis.

Manchester est ici, quelque part.

Le rock surnage, synthétique,

Le long des riffs indies

Le long de leur poésie voyageuse.

Avec eux, un road­movie.

La voiture roule vite

Je crois que les cheveux volent au vent

Et le corps, engouffré dans la traversée,

Rêve d’ardeur, de départs

Et de fuites folles.

Et d’autres encore.

Angélique Ionatos

La voix qui ruissèle

Dans les tourbillons de l’oreille

Dans ses mains pleines d’amour

Qui font crisser les cordes

D’une harmonie sans pareille

Dans le concert des tripes.

Cette voix qu’on aimerait avoir toujours,

ici, tout près

Pour s’endormir, crier, espérer

Cette voix qui chuchote en souriant,

Cette voix blessée

Lacérée mais grondante

Ce cataclysme de beauté

Surgi d’une femme aux cheveux noirs

Qui arrive, et disparaît.

Le lieu est pris aux mots

La Parole erre.

Bavardeuse, ici ou là,

Déliée, détendue

Et chantante.

Partout.

Pauline Perrenot


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