Candidature spontanée à la direction d’un théâtre

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Candidature spontanée à la direction d’un théâtre

La hauteur ne me semble pas être une valeur...
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par Manel Pons Romero

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Manel Pons Romero

Paris, le 27 juin 2013

Objet : direction Théâtre Nanterre–Amandiers

Madame, Monsieur,

Le haut niveau du Théâtre Nanterre–Amandiers est indiscutable. Mais la hauteur me semble quelque chose de futile.

La culture française du XXIème siècle ne peut plus correspondre à la vision étroite de Malraux. Les logiques de démocratie, rencontre, échange et partage introduites par internet, sont à mon sens des principes qui peuvent guider une conception nouvelle de la culture. La hauteur ne me semble pas être une valeur et je n’arrive pas à comprendre sa place dans une politique culturelle publique.

Le modèle de réussite et d’excellence qui imprègne la vision institutionnelle de la culture est un véritable échec. Plus on insiste sur l’importance de l’excellence et plus on freine le développement culturel et social. La démocratisation culturelle ne fait qu’échouer pour une raison très simple, elle est basée sur un principe de marketing erroné qui consiste à essayer de faire venir les gens au théâtre. Mais le théâtre c’est l’aventure humaine du partage. Le partage se construit dans les deux sens, dans une logique plus proche de la démocratie culturelle que de la démocratisation culturelle.

Je souhaite vivement pouvoir diriger l’ouverture d’une nouvelle brèche d’air frais dans l’éventail de l’offre culturelle publique français. La ville de Nanterre me semble être un bon terrain pour donner naissance à un CDN version 2.0. Le Théâtre Nanterre–Amandiers peut être un lieu où le théâtre parle à la ville mais aussi un lieu où la ville parle au théâtre. Ce dialogue donnerait une réelle singularité à ce CDN et ferait sens dans un territoire, rayonnant plus loin de par cet ancrage. Diriger un CDN qui serait le même quelque soit sa situation ne m’intéresse pas.

En tant qu’Espagnol vivant en France depuis huit ans, je suis un fervent admirateur de la place que les français accordent à la culture. Cependant, je suis navré de constater que la vision élitiste de la culture a tendance à ralentir son développement dans ce pays.

J’ai vécu la victoire de François Hollande place de la Bastille et cela a été un des moments les plus émouvant de ma vie. Je n’accorde aucune importance aux symboles nationaux, mais voir une foule multiculturelle chanter la Marseillaise en tenant des drapeaux du monde entier est un souvenir qui me fait frissonner. J’ai du mal à imaginer que cela soit possible ailleurs qu’en France. C’est une des raisons pour lesquelles j’aimerais rester dans ce pays et participer à sa vie culturelle. Je regrette que cette richesse française ne soit pas assez visible dans les lieux culturels. Je suis convaincu qu’en faisant vivre cette diversité, le développement culturel et social de ce pays connaîtrait une croissance exponentielle.

Directeur du Théâtre Nanterre–Amandiers, j’ouvrirai toutes les portes et les fenêtres de cet établissement pour faire entrer le théâtre en dialogue avec la ville et vice-versa. La hauteur ne sera pas mon unité de mesure. Tout pourra se confondre dans un bordel maîtrisé, fertile et joyeux. En tant que metteur en scène, je ferai une seule création par an avec laquelle je voudrais faire parler la ville entière, dans un genre transdisciplinaire éclectique, amateur, professionnel, culturel, scientifique, vivant et patrimonial, qui investirait l’espace public. J’accorderai mon attention au travail en réseau et à l’éclatement des actions dans la ville, proche de la vie du quotidien, afin de favoriser l’innovation et le décloisonnement.

J’associerai la population à ce projet pour partager ensemble cette aventure et qu’ils en soient les acteurs principaux. Je suis très attaché à la phrase de Robert Filliou qui dit « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ». C’est l’humain qui doit être au centre et pas l’art. La réalité est heureusement beaucoup plus diverse que l’on veut croire. Pourquoi la culture doit-elle se réduire à une vision étroite d’une élite qui vit encore à l’époque de Malraux ?

J’ai à vous offrir :
ma passion de l’humain, des divers territoires et des diverses cultures
une expérience professionnelle internationale de 12 ans dans le secteur culturel (directeur artistique, programmateur, comédien, metteur en scène...)
une capacité d’analyse et de créativité liée à une compréhension des enjeux politiques, sociaux, économiques et culturels (licence en sciences politiques)
une large formation dans le domaine de l’art dans l’espace public en France (Formation Avancée et Itinérante des Arts de la Rue (Marseille), Master 2 professionnel Projets culturels dans l’espace public (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
une forte appétence pour le travail en équipe et une solide expérience en coordination de projets

En collaboration avec la Ville de Barcelone et la Région catalane, j’ai contribué à développer de nombreux projets. L’un d’entre eux a reçu en 2008 le prix de l’ONU du meilleur projet de participation citoyenne dans le monde.
Vous trouverez ci-joint mon CV, qui vous permettra d’évaluer mes domaines de compétences.
Dans l’attente de vous rencontrer pour vous exposer plus longuement mes motivations, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.

Cordialement,

Manel Pons Romero

P.S. Je compte, bien entendu, développer l’ensemble de mes propositions dans le cadre du décret n°72-904 du 2 octobre 1972 relatif aux contrats de décentralisation dramatique
 et de l’arrêté du 23 février 1995 fixant le contrat-type de décentralisation dramatique. Je suis au fait du statut juridique et économique des CDN (SARL sans DSP).


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