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Armand Gatti, trésor national bien vivant, c’était en janvier dernier. Hommage.

Cet article a aussi été publié dans le blog de Nicolas Roméas sur Médiapart
par Nicolas Romeas
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Ce texte a été écrit à l’occasion de la belle soirée qui eut lieu à Montreuil à la Parole errante en janvier dernier, pour les 93 ans du poète Armand Gatti qui vient de nous quitter, ce 6 avril.

Guerrier métaphysique suivant du doigt chaque ligne du poème, chaque trace de ce parcours qui mena du quartier Saint-Joseph à Monaco où il naquit d’une mère femme de ménage et d’Auguste G. l’éboueur, au camp de Lindemann puis à la forêt de la Berbeyrolle, le maquis de Georges Guingouin, jusqu’à son dernier havre de Montreuil où il nous offrait sa présence.

Nous étions réunis l’autre soir à Montreuil autour de cet homme (grand, peut-on dire sans abuser des mots), dont la présence même, le courage, oserais-je dire l’aura ?, la profondeur et la savante malice, nous donnent de la force.

Et on en a vraiment besoin.

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Un vieil enfant bourré de joie guerrière et à jamais amante de la vie, dont la voix défie tout renoncement, dont le corps intérieur secoue toute inertie avec la maîtrise d’un jeune Nijinski. Danseur de mots mû par le souffle de l’océan et des forêts remplies d’oiseaux, debout sur le radeau, il brandit à bout de bras le flambeau qui troue par instants la nuit d’une mer furieuse, lampe-tempête incandescente qui vainc l’obscurité du temps et arrête les vagues. Tournant sans fin comme un derviche dans les flammes d’une histoire hachée de ténèbres mortelles et d’éblouissantes lumières, ce délicat ténor et boxeur raffiné murmure encore, redit à nos oreilles assoiffées l’impalpable secret de la survie de l’âme. En traversant la voix, le corps d’un homme debout, en adoptant son pas, ses détours et ses haltes rêveuses, une interminable lignée de combattants et de poètes reprend le fil de sa longue, très émouvante marche.

Armand Gatti fêtait ses 93 ans à la Maison de l’arbre à Montreuil, c’était hier. Et c’est comme une passerelle au-dessus d’un abîme, par-delà ces temps sans issue, nous ramenant dans le Grand temps, celui du récit de la vie d’Hommes qui se veulent des humains, brêche lumineuse dans l’aporie d’un temps qu’on croit perdu. Ce que les vieux Chinois appelaient « longue vie », c’est sans doute ça que nous nommons éternité. Ce fil qui circule entre tous, nous relie et fait de nous des êtres d’esprit nourris des combats politiques et poétiques de tous les autres, ceux d’avant, ceux de maintenant, ceux d’après. Antonio Gramsci, Rosa Luxemburg, Benvenuto Durutti, sont ses frères et ses sœurs, autant qu’Henri Michaux.

Céleste tisserand cousant sans relâche l’un à l’autre les mouvements de son âme et les tourments de notre histoire commune, sans jamais en lâcher l’écheveau ni le fil.

Aède dont la candeur ardente est toujours celle du très jeune résistant, inlassable rhapsode de toutes nos résistances, intrépide funambule sur la crête de nos rêves d’humanité, Goya des mots nourrissant l’arborescence d’immenses fresques politiques, poétiques et arboricoles, déversant sur la toile de notre imaginaire commun des flots d’images habitées, vivantes, dont la source jaillit du maquis de la forêt de Berbeyrolle, haut lieu de la Résistance dont notre Homère a fait le point nodal mythique, originel, où des hommes s’enterrèrent pour assumer leur renaissance et où les arbres de la révolte se levèrent, ralliant à eux toutes les forêts du monde.

Secret protecteur des plus précieux de nos secrets, trésor national vivant en charge de nos utopies les plus folles, scribe d’un espoir à inventer chaque matin et à construire à force de langage, Gatti tend la flamme qui l’embrase et nous intime de la faire circuler. Lui qui inventa la Parole errante, nomade par définition, posée depuis 1986 dans cette infiniment précieuse Maison de l’arbre de Montreuil qui prit place dans les anciens entrepôts de Georges Méliès, et qu’il nomme aujourd’hui « Nous la forêt qui brûle ».

Longtemps grand reporter, prix Albert Londres, poète et auteur prolifique, entre autres réalisateur et scénariste avec Pierre Joffroy du génial film L’enclos et auteur de La Passion du général Franco par les émigrés eux-mêmes interdit par l’État français en 1968 à la demande du gouvernement espagnol, par sa vie même, Gatti prouve la possibilité et la nécessité vitale d’une résistance incarnée. Et armée d’une langue. Cet anarchiste partage avec le Jean de l’Évangile une certitude fondamentale : « Au commencement était le verbe ». Nous sommes construits de mots et c’est par les mots que nous construisons. De la Shoah aux luttes des Amérindiens et des Noirs d’Amérique en passant par la résistance espagnole et la dissidence soviétique, ces combats ne furent pas seulement l’inspiration du poète, tout son être entièrement immergé dans le mouvement de l’histoire, sa barque volontairement soumise à ses tempêtes, du côté de l’opprimé toujours, celui qui se révolte, du chercheur, des artistes dignes de ce beau nom. Seuls vrais témoins, en somme, d’une humanité véridique.

C’était son anniversaire et il nous a fait ce présent. L’éternelle vitalité du poète, cadeau sans prix pour tous ceux qui veulent poursuivre ce combat de tous temps où politique et poésie, l’art et la condition humaine, ne peuvent sans dommage se disjoindre.

Nicolas Roméas


Armand Gatti est mort le 6 avril 2017, à l’hôpital Begin de Vincennes.
Gatti, Dante, Sauveur est né le 26 janvier 1924 à la maternité de l’hôpital de Monaco, fils d’Auguste Gatti, balayeur et de Letizia Luzona, femme de ménage.
Armand Gatti, c’est le journalisme qui lui a voulu ce prénom, mais Dante il est resté, aussi.

Avant il fut Don qui, résistant, arrêté, évadé, parachutiste.
Il fut journaliste, au Parisien Libéré, reporter couronné par le Prix Albert-Londres en 1954, puis à Paris-Match et d’autres journaux.

Il fut auteur, dramaturge, metteur en scène, Le Crapaud Buffle, Le Poisson Noir, La Vie Imaginaire de l’éboueur Auguste G., Chant public devant deux chaises électriques, Les Treize soleils de la rue Saint-Blaise, Le Cheval qui se suicide par le feu, Rosa collective, La Passion du général Franco, Le Chant d’amour des alphabets d’Auschwitz, Le Cinécadre de l’esplanade Loreto, Didascalie se promenant seule dans un théâtre vide, Le couteau d’Evariste Galois, sont quelques uns des titres de son théâtre.

Il fut réalisateur de films, consacré avec le premier, L’Enclos, à Cannes en 1961, ignoré dès le second, El Otro Cristobal, tourné à Cuba, suivirent Le Passage de l’Ebre en Allemagne, Nous étions tous des noms d’arbres en Irlande du Nord.
Et Gatti se fit écrivain public, vidéaste, nomade, du Brabant Wallon à Montbéliard, de Ris-Orangis à Strasbourg, en passant par Toulouse, Marseille, L’Isle d’Abeau, Avignon, Genève, Besançon, Lyon, etc.

Il prit le chemin de la Parole errante pour une longue marche dans la traversée des langages et la physique quantique. N’en finira plus d’explorer Les sept possibilités du train 713 en partance d’Auschwitz.

De Gatti, Henri Michaux disait à leur première rencontre : « Depuis vingt ans parachutiste, mais d’où diable tombait-il ? » La question reste ouverte.
Gatti est à jamais dans l’espace utopique que ses mots ont déployé, celui où le communard Eugène Varlin croise Felipe l’Indien, où Rosa Luxembourg poursuit le dialogue avec les oiseaux de François d’Assise, où Antonio Gramsci fraternise avec Jean Cavaillès, Buenaventura Durruti avec Etty Hilsum, Auguste G. avec Nestor Makhno.

Gatti, si on ne le sait déjà, on le saura bientôt, est l’un des plus grands poètes de notre temps et des autres.

Le site de la parole errante


Mercredi 19 avril à partir de 18 h 30 à la Parole errante - 9, Rue François Debergue à Montreuil - Métro Croix de Chavaux. Hommage à l’œuvrier Armand Gatti

Rien, jamais, n’aura été banal dans la vie d’Armand Gatti qui vient de décéder. Même pas le chassé-croisé entre l’annonce aux Amis de l’Humanité d’un rendez-vous avec lui, le 19 avril prochain, et sa disparition le 6, ses obsèques, le 13 au crématorium du Père Lachaise.

Le 17 décembre dernier, accueillant dans sa Maison de la parole errante les auteurs d’un Manifeste des oeuvriers, Roland Gori, Bernard Lubat et Charles Silvestre, pour ce qui n’était alors qu’un projet, il avait souhaité que la parution de l’ouvrage soit marquée par une rencontre dans son lieu d’élection. Pour la parution du livre le mercredi 19 avril.

Fallait-il, Gatti disparu, maintenir le rendez-vous ? Plus que jamais, a répondu Jean-Jacques Hocquard, le fidèle, comme on dit chez Shakespeare. Mais ce n’est pas que pour le principe. Il n’y a pas plus oeuvrier que Gatti, oeuvrier par son œuvre, à l’incroyable densité, œuvrier dans sa vie sans égale et jusqu’au bout. Sa réflexion préférée, face à la moindre épreuve, était de lancer à son compagnon : « allez, on repart au combat ! »

Le livre, publié le jour-même par Actes Sud et les Liens qui Libèrent, sera là. Mais, c’est essentiellement un hommage qui sera rendu au poète, au résistant de son film sublime L’Enclos, au journaliste, prix Albert Londres 1954, au dramaturge, dont l’une des premières œuvres-chocs, au théâtre, La vie imaginaire de l’éboueur Auguste G, transformait la réalité sociale de ses parents, balayeur et femme de ménage, en une fiction aussi riche que bouleversante.

Le 19 avril les auteurs du « Manifeste », les Amis de l’Humanité, et tous ceux qui voudront bien se joindre à eux, salueront cet intrépide qui aura donné à ce mot d’œuvrier, ses lettres de noblesse, au sens littéral de l’expression.

Charles Silvestre vice-président des amis de l’Humanité






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Veillée pour l’écrivaine Asli Erdogan le mardi 25 avril à 20 heures à La Parole errante 9, rue François Debergue - Montreuil. (métro : Croix de Chavaux).


Rien, jamais, n’aura été banal dans la vie d’Armand Gatti qui vient de décé­der. Même pas le chassé-croisé entre l’annonce aux Amis de l’Humanité d’un rendez-vous avec lui, le 19 avril pro­chain, et sa dis­pa­ri­tion le 6, ses obsè­ques, le 13 au cré­ma­to­rium du Père Lachaise.


« Lecture de 5 faits d’actua­li­tés... » Éditions Al dante, 2016. Une pro­po­si­tion d’Alphabetville dans le cadre de Faits divers. Jeudi 13 avril à 18h30 à la librai­rie la Salle des machi­nes à Marseille.


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