Armand Gatti

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Armand Gatti

Grand témoin
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par Nicolas Romeas , Samuel Wahl
Paru dans Cassandre/Horschamp n° 79
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Le poète nous entraîne dans le tourbillon de son œuvre, vers les lieux, épisodes et compagnons remarquables qui ont jalonné sa vie. Homme résistant, du maquis au camp, journaliste sur tous les fronts de l’internationalisme, auteur d’un théâtre à dimension poétique et politique. Un théâtre de chair, de pensée et d’histoire. Quelques signes essentiels à la « traversée » de son écriture ? L’engagement, l’errance, les oiseaux, les arbres, le souffle taoïste, l’anarchisme, Dieu, le Verbe, la kabbale, la pensée quantique… Un mouvement qui relie les actes dans leur dimension symbolique, la recherche d’un langage qui vise à « rendre l’Homme plus grand que l’Homme ».

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Nous pénétrons le joyeux capharnaüm de son bureau de la Maison de l’Arbre, à Montreuil-sous-Bois, les murs sont parsemés d’images qui témoignent de ses multiples vies… Malatesta, Sacco et Vanzetti, Makhno, Rosa Luxemburg, Buena ventura Durrutti sont quelques-unes des figures qui ont marqué l’esprit et l’oeuvre du poète. Références naturelles pour un homme dont le nom est attaché, à travers les générations, à une histoire militante. Où en est-il aujourd’hui, cet aède de toutes les résistances qui a traversé le siècle ?

Armand Gatti : Peut-être avez-vous noté… (grands mouvements de bras et de mains) il est beaucoup question d’un autre Gatti en ce moment dans les journaux… Cette fois-ci, c’est Joachim, mon petit-fils. La police lui a tiré dessus. 1 À ce sujet, j’ai reçu un mot de mon ami Jacques Rosner qui m’a bouleversé d’amitié. Il écrit : « Cher Dante, je suis solidaire de Joachim. Pour un temps encore inconnu, l’histoire est prise par des puissances de police et des puissances d’argent contre l’intérêt des peuples et la vérité de l’Homme. Vivent les Gatti qui continuent magnifiquement la vie d’Auguste G. Avec tout mon amour, Jacques Rosner. »
Ça s’inscrit dans une histoire. Lorsque j’avais 15 ans, Auguste, mon père, a été tué, à Monaco, dans une manifestation… Et Rosner, justement, est cet ami qui avait monté La Vie imaginaire de l’éboueur Auguste G. au théâtre de la Cité de Villeurbanne… (Il prend sa tête entre ses mains, puis, relevant les yeux.) C’est ma vie, c’est notre vie…
À Chicago, mes deux oncles anarchistes, Angelo et Giuseppe Gatti, se révoltaient contre une industrie majeure, celle d’un immense abattoir d’animaux. Ils ont été pendus. Mon père s’en est sorti par miracle. Ma mère, qui était enceinte, a cherché à retourner dans le Piémont mais, avec Mussolini et tout ce qui se passait en Italie à ce moment-là, elle n’a pas pu… Elle s’est arrêtée à la frontière, à Monaco. Elle cherchait du travail comme femme de ménage, et il y avait là beaucoup de migrants anglais qui pouvaient l’employer… Le 24 janvier 1924, jour de ma naissance, il y eut des coups de canon que faisait tirer le prince Louis II pour célébrer la Sainte Dévote, patronne de Monaco. Ma mère était pas mal mêlée à toutes ces histoires d’anarchistes et autres… Avec ce qu’elle savait, elle se dit : « Allons bon, encore un coup des anars ! » Elle a accouché, et voilà, je suis arrivé, comme ça ! Tatata ! (Il imite le clairon et se met au garde-à-vous.)

Gatti dit qu’il veut faire du théâtre « en éliminant trois paramètres : l’acteur, le spectateur et le tiroir-caisse ». Cette démarche, qui nous ramène à l’essentiel, est née dans la tourmente de la guerre. Il nous le racontait dans un précédent entretien 2 : dans le camp où il s’est retrouvé adolescent, trois rabbins lituaniens faisaient improviser les détenus en leur proposant ce thème : « Ich war, ich bin, ich werde sein. » (J’étais, je suis, je serai.) Et puis…

Je n’aurais jamais fait de théâtre si des événements de la vie n’étaient pas intervenus. Ça s’est passé dans le camp de concentration. J’étais dans le port de Hambourg, on travaillait sous la mer et une fois par semaine nous rejoignions le camp de Neuengamm.
Un jour, le 24 juillet 1943, un événement terrible s’est produit : un bombardement, qu’on a appelé depuis l’Hiroshima européen. Le nom de code était « Gomorrhe », en référence à cette histoire de la Bible, pour indiquer que ceux qu’on allait tuer étaient vraiment les pervertis.
Le bombardement a duré quatre jours, il y a eu 70 000 morts et de nombreux blessés, un massacre épouvantable. On nous a fait sortir pour rejoindre le camp en pensant que du moment qu’il y avait des prisonniers, il ne serait pas bombardé, ce qui était une erreur totale.
Dans la ville à l’arrière, pendant que les hommes étaient sur le front, il y avait surtout des femmes et des enfants qui criaient et couraient dans tous les sens. Tout était détruit, même les abris. Où aller, que faire ? Chacun tentait de sauver sa peau dans un mouvement de dispersion généralisée, et nous avons semé les SS qui devaient nous surveiller.
À un moment crucial, dans la folie plus que dans un geste prémédité, comme si c’était la vérité, je crois voir, dans ce paysage bouleversé de vieux port marchand abîmé qui me faisait penser à Venise, je vois… tracées sur une colonne, deux lettres qui furent décisives pour moi : F et N.
Je suis allé vers elles, j’ai posé mes mains sur chacune d’elles… (il joint le geste à la parole) et je me suis mis à divaguer sur Friedrich Nietzsche. J’ai crié : « Nietzsche, Nietzsche ! C’est à cause de tes mots que je suis ici ! Mais dis-moi maintenant, comment faire pour m’en aller ?  » J’ai arraché le triangle noir avec le nombre 713 qui était sur mon costume. Ce n’était pas le signe des prisonniers politiques, c’était celui des « asociaux », mais c’étaient surtout les Roms qui le portaient.
« Dis-moi, dis-moi !  » J’attendais la réponse. Et Nietzsche m’a répondu : « La réponse ne peut venir que de toi !  » J’insistais : « Où veux-tu que j’aille ? » Et soudain, j’ai obtenu la réponse. À mes côtés, un arbre est tombé. Hölderlin ! (Il lève ses larges mains au ciel, dans la position de l’arbre, reste la bouche ouverte, puis laisse lentement retomber ses poings fermés sur la table.)
Le poème qu’il avait écrit en allant vers Bordeaux 3, voilà la piste que je devais suivre…
Je devais aller d’arbre en arbre, et comme ça, par le chemin des arbres, je saurais me retrouver, rejoindre le maquis, dans la forêt de la Berbeyrolle en Corrèze, où j’avais été arrêté un matin, puis trimballé dans les prisons françaises, à Tulles, à Limoges. Jusqu’au convoi de Bordeaux justement…
J’ai retiré ma culotte, qui était rayée et se voyait de loin, je n’ai gardé qu’une grande capote russe, sombre, et je me suis saisi d’une pelle pour me mettre en chemin. À la frontière avec la Belgique, pas d’autre choix que de quitter la montagne et rejoindre la route. Par chance, je sors du bon côté, un monsieur apparaît et me dit : « Racontez-moi tout ! » Ce monsieur, c’était Henri Ingberg, le futur ministre de la Culture belge, qui, étant juif, avait sauvé de la déportation et emmené de nombreux enfants pour monter une pièce, en vue du jour de la victoire. Il écoute mon récit et me dit : « C’est exactement la pièce que j’attendais. Vous allez l’écrire. » Je rétorque que je suis un maquisard, que c’est là que je dois être. Il me répond, avec un sourire entendu : «  D’accord, les arbres du maquis, je comprends, nous allons faire en sorte que vous puissiez y retourner. Mais après il faudra écrire cette pièce. » J’avais 17 ans.

Le Verbe, au commencement. Le poète anarchiste, l’auteur de La Parole errante se réfère-t-il à l’ouverture de la Genèse ?
Cette hiérarchie essentielle, c’est la sienne, en tout cas.
Et les mots, qui sont à ses yeux plus importants que tout – lui qui se dit heureux lorsqu’il a permis à un « loulou » de s’enrichir de trois cents mots nouveaux – lui viennent de son dialogue incessant avec les arbres.

Cette histoire d’arbres remonte à plus avant déjà, elle est toujours présente aujourd’hui. Elle ne me quitte pas… (La phrase est interrompue par un joyeux trille sorti d’une horloge accrochée au fond du bureau. Un sourire, les yeux du poète se plissent.) Ce sont mes oiseaux. Je suis en dialogue, tout le temps avec eux. Nous venons d’ailleurs de faire La Tour de Babel maquisarde en Corrèze. Les lieux de mon maquis sont encore fidèles aujourd’hui…
En fait, la cause de toute l’histoire, c’est Nicole, qui était mon grand amour à Monaco.
La fille du bijoutier et le fils du balayeur… La lutte de classes ne permettait pourtant pas ce genre de rapports ! C’est elle qui m’a fait lire Nietzsche, « le seul défenseur des juifs », disait-elle. Leurré par la soeur du philosophe (Elisabeth Förster), je refusais de la croire. Quand le livre de Bataille sur Nietzsche est sorti, j’ai compris mon erreur et j’ai décidé de retrouver un chemin politique juste. J’ai rejoint le maquis, envoyé par des gramscistes, dans la forêt de la Berbeyrolle. Ma première victoire sur le mot, c’est là, dans cette forêt. Le jour où, passé à tabac par la gendarmerie d’alors, les GMR, Groupes mobiles de réserve, je suis harcelé par le commandant : « Qu’est-ce que tu allais foutre dans le maquis, toi ? » Que lui répondre ? Je me tais. À ce moment-là, un rouge-gorge se met à chanter. C’étaient les arbres qui venaient me parler, qui m’envoyaient un émissaire pour me dire de tenir, de ne pas me laisser aller. Que tout finirait par s’arranger. Alors, j’ai répondu : « Et lui, qu’est-ce qu’il y fout ? » En guise de réponse, je reçois un coup de pied dans les genoux, un coup de poing dans la tête. Le garde, qui avait un fils du même âge que moi, s’interpose : « Arrêtez, il a encore l’âge d’aller à l’école !  » Le commandant éructe : « Pas avant qu’il ne m’ait répondu ! » Alors, sans que je sache aujourd’hui encore pourquoi, j’ai fait cette réponse – mais je l’ai faite : « Faire tomber Dieu dans le temps !  » Le commandant interloqué se met à crier : «  Il est fou, mais il est fou ! Occupez-vous-en !  » Et il est parti, me laissant à ses hommes. Je l’ai vécu comme une victoire formidable. Grâce au mot. Ce pourquoi on se bat, c’est le verbe. C’est ça le vrai combat, le combat qu’on gagne, pas celui où on se fait casser la gueule. Depuis, chaque fois que je commence un spectacle, je réitère ces mots chaque matin, pendant trois mois : « Au commencement était le Verbe. Et le Verbe était Dieu. Voulez-vous être Dieu avec moi ? »

Dans l’après-guerre, Armand Gatti devient reporter au Parisien libéré. Il reçoit le prix Albert-Londres en 1954. Il collabore aussi aux Lettres françaises, à France-Soir, à L’Express et à Paris Match. Mais son écriture réclame un autre souffle et il s’engage dans le théâtre. Sa première pièce, Le Crapaud-Buffle, sera montée par Jean Vilar au Théâtre Récamier en 1959 : Le Figaro réclame l’arrestation de Vilar et de Gatti pour « dilapidation de l’argent public ». Et, beaucoup plus tard, en 1968, les représentations de La Passion du général Franco seront interdites par le gouvernement français.

Après la guerre, démobilisé des paras où je m’étais engagé, j’ai collaboré au Parisien libéré. Cette écriture-là, le journalisme, c’est aussi une traversée, un dépassement.
C’est ce qui m’a amené à écrire une de mes premières pièces de théâtre : Le Quetzal, l’oiseau qui, si on l’enferme, ne chante pas et meurt. J’ai été envoyé au Guatemala, dont les Américains étaient en train de s’emparer. Je vais avec les Indiens guérilleros et l’un d’eux, Felipe, qui parlait espagnol, me prend sous sa protection et me raconte beaucoup de choses.
Un jour, nous sommes encerclés par les soldats et Felipe est tué. Pour ma part, journaliste « gallos » (gaulois), je suis ramené à l’ambassade américaine. Impossible pour moi de faire un reportage sans parler de lui. Mais dans la presse, avec notamment le risque d’impliquer la diplomatie, ça ne passe pas. Je propose alors un papier à Témoignage chrétien et à la revue Esprit, où j’écrivais depuis un an et où l’on me dit : « Cette histoire, ce n’est pas un article, c’est une pièce de théâtre ! » C’est donc comme ça que je l’ai publiée, par le biais du Seuil. C’est comme ça que j’ai gardé la mémoire de cet Indien, de ses paroles.
Ça m’a permis de comprendre que, dans un reportage, il y a une double écriture. Celle où l’on ne cherche surtout pas d’histoire, ce que l’on appelle « informer », et puis il y a une autre écriture… Ça a dérapé par la suite lorsque Vincent Auriol, qui était président de la République, a écrit à Claude Bellanger, directeur du Parisien libéré, pour lui interdire la parution de mes articles sur l’Algérie. Au lieu d’aller voir les hommes politiques, j’allais voir les gens directement, notamment un ami proche, qui était docker à Alger, Kateb Yacine, avec son ami peintre Issiakhem… La mère de Yacine se trouvait enfermée à l’asile psychiatrique de Blida, nous nous sommes battus pour sa libération. Je dis, depuis, que mes débuts au théâtre ont commencé à l’asile psychiatrique.
Ensuite, il y a eu beaucoup d’autres rencontres littéraires. Ce milieu, je l’abordais surtout en parallèle, en poésie, avec Henri Michaux surtout, qui se tenait à l’écart de tout, très solitaire, et que je voyais presque chaque semaine rue Séguier, ou encore grâce aux peintres, comme Picasso, qui m’avait fait rencontrer Éluard et qui m’a donné cette clé de l’écriture : rendre l’Homme plus grand que l’Homme.

En 1956, Gatti, journaliste, décide de partir pour la Chine où il rencontre Mao Tsê-toung (qui le surnomme en chinois « celui qui reste toujours vert »). Il entre dans l’histoire de la Longue Marche, découvre les idéogrammes qui portent la conception taoïste du monde, prend conscience de l’importance de la circulation entre les langages et entre les hommes.

Ce qui a tout changé dans mes histoires de mots, de verbe, d’écriture, c’est quand elles sont entrées en rapport symétrique avec la Longue Marche.
Je me suis mis à essayer de tutoyer le chinois et j’ai entamé un voyage en Chine.
Mao m’a appris cela : je construis ma phrase mot par mot, comme un idéogramme qui est fait de plusieurs signes dont l’agencement en donne le sens. C’est d’après le souffle que les taoïstes ont établi leur langage : la façon dont il circule entre le Yin féminin et le Yang masculin porte en lui tout l’univers. Seul le vide créateur les joint… Le langage scientifique, qu’on le dise avec des chiffres ou avec des lettres, en philosophie par exemple, s’il ne prend pas en compte cette circulation, se ferme au réel. Il n’y a qu’une chose à laquelle correspond très exactement le langage scientifique, c’est… (il attend notre réponse qui ne vient pas, puis reprend…) la mafia napolitaine ! C’est pourquoi, au contraire, il faut essayer de construire un langage où il y ait une fraternité, une fraternité entre les langages. Et le pourquoi de cette fraternité devient un sujet… quantique !
Lorsque nous avons monté Les Oscilllations de Pythagore en quête du masque de Dionysos à Ville-Évrard, il y avait des jeunes gens de quinze nationalités. Pour démarrer, chacun proposait un chant dans sa langue. Dans chaque chant, il y a quelque chose de son père, ou de sa terre. Puis, ensemble, nous apprenions les chants des autres. C’est cela, la fraternité, l’internationalisme. Il y a des constantes. Moi, je voulais qu’il y ait le chant des Brigades internationales. Alors on ouvrait le spectacle comme ça : « On a peut-être gagné la guerre d’Espagne… On va s’en assurer en cours de spectacle… En tous les cas, c’est ce chant, celui des Brigades internationales, que nous vous donnons en signe de ralliement. »

En guise de conclusion provisoire, Gatti tient à en revenir aux origines et nous reprenons avec lui le chemin qui mène à ce théâtre qu’il nomme quantique

L’origine de tout ça, c’est Nicole, cette femme que j’avais connue à Monaco… Pendant que je m’étais engagé dans le maquis, elle et toute sa famille ont été déportées et exterminées à Birkenau. C’est de là que ça vient, « la Parole errante » : l’aventure du juif errant. Et moi, je veux mettre l’écriture en symétrie avec l’aventure. Lorsque je suis retourné à Auschwitz, des années après, j’ai vu la fumée dissipée de leurs corps brûlés. À la place, il y avait un musée et, dedans, les affaires qu’ils avaient dû laisser : une robe – la sienne ? – qui enveloppait un livre, Sefer Yetsirah, le Livre de la Création. En me mettant en quête de ce livre, qui détaille des enjeux de la kabbale, la façon dont les chiffres peuvent remplacer une lettre par exemple, j’ai appris qu’un savant, Francis Bailly, spécialiste de physique quantique, s’était penché ardemment sur la question. Avec un groupe qu’il avait créé, ils sont venus nous expliquer la théorie des quantas à la Parole errante. Pour les loulous avec qui nous travaillions et vivions – ce qui soulevait des questions essentielles –, il était très important d’accéder à cela. C’est à partir de là que nous sommes entrés dans le théâtre quantique !
Je dis : « Deux et deux font quatre. » Qu’est-ce que ça signifie ? Le langage se retire derrière le mot « quatre ». Alors que si je prends deux livres, puis deux autres livres, ces quatre livres-là veulent sûrement dire quelque chose ! Il faut faire en sorte que ce qui donne un sens aux choses dans notre société, ce soit le mot, la façon dont il sonne.
Cette longue marche, cette traversée, cette tentative d’invention, ce n’est pas une fuite, elle nous transforme : il s’agit plutôt d’essayer de rétablir un contact. Ce que Confucius relevait déjà quand il disait : « L’homme d’intelligence aime l’eau, l’homme de cœur aime la montagne. » Qu’est-ce à dire ?
Que la vision des éléments naturels est de même essence que la vision du monde intérieur de l’homme.

Propos recueillis par Nicolas Roméas et Samuel Wahl

1. Le 8 juillet 2009, à Montreuil en Seine-Saint- Denis, lors d’une manifestation en soutien à l’expulsion d’un squat, Joachim Gatti, cinéaste de 34 ans, a été grièvement blessé à la tête par un tir policier de flash-ball. Il a perdu un œil.
2. Lire Cassandre/Horschamp, n° 48.
3. Après avoir brièvement occupé un emploi de précepteur à Bordeaux, Holderlin repart à pied en Allemagne à travers la France post-révolutionnaire.
Les historiens estiment que son basculement vers la folie date de ce voyage.

•Armand Gatti, La Traversée des langages (éditions Verdier - 2010)

www.armand-gatti.org


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