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A l’Opéra Bastille, un metteur en scène qui s’affiche comme xénophobe

Levée de boucliers en Allemagne contre Alvis Hermanis qui met en scène « La Damnation de Faust » à Paris
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par Thomas Hahn
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Un scandale théâtral secoue l’Allemagne, et débarque sur Paris. Le metteur en scène Alvis Hermanis vient d’annuler, de son propre gré et comme geste de protestation, sa création prévue pour avril 2016 au Thalia Theater de Hambourg.

Sous le titre Russland. Endspiele (Russie. Fins de Partie), il allait adapter Gorki, Tolstoï, Dostoïevski et autres classiques de la littérature russe. S’il est surprenant de voir un artiste annuler une création de sa propre initiative, la raison de cette annulation est un véritable scandale.

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Alvis Hermanis © Manfred Werner

Hermanis, homme de théâtre de Riga très en vogue dans les festivals de théâtre d’Europe de l’Ouest, fait son coming out de xénophobe ! Le Thalia Theater, dit-il, s’engage pour les réfugiés et parmi eux il y aurait sans doute aussi des terroristes. Et puis, de toute façon, les terroristes sont tous soit des migrants soit des enfants de migrants. « Les temps du politiquement correct sont révolus, nous sommes en guerre et dans une guerre il faut choisir son camp. » Dixit Hermanis. Voilà qui prouve une fois de plus qu’en temps de guerre, la capacité à regarder les choses de façon objective et rationnelle est la première des victimes.

Le Thalia Theater avait en effet collecté 100.000 euros pour un fonds d’aide aux réfugiés, ce qui est insupportable selon Hermanis. Un théâtre qui s’engage pour soutenir des réfugiés en situation précaire est à ses yeux infréquentable. Ce qui pose la question de savoir si cet homme est encore fréquentable pour des lieux de culture et pour les mécènes soutenant ses productions.

Un metteur en scène international contre l’accueil de réfugiés

« On ne peut pas soutenir en même temps les victimes des terroristes et les terroristes », a-t-il déclaré dans la presse allemande. Traduisez : Qui offre un manteau à un réfugié est peut-être co-responsable du prochain attentat. C’est l’état d’urgence à la sauce Hermanis. Et c’est à l’Opéra Bastille que le Letton met en scène de La Damnation de Faust de Berlioz, spectacle lyrique programmée du 5 au 29 décembre.

Autre raison invoquée par Hermanis pour retirer sa création de l’affiche hambourgeoise : C’est de cette ville que sont venus certains des terroristes d’Al Quaida qui ont commis les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis ! « Je suis père de sept enfants, je ne m’y sens pas en sécurité. » La perte d’orientation et de sang-froid chez Hermanis serait-elle due au fait que le metteur en scène travaille actuellement à Paris ?

Hermanis s’est-il laissé contaminer par le discours guerrier de Manuel Valls ?
Hermanis dit vivre dans le XIème arrondissement et selon lui, « on se sent au quotidien comme en Israël. La menace et la peur sont omniprésents ». Ce qui laisse entrevoir qu’il n’a pas vraiment mis le pied devant sa porte, sauf pour se rendre à l’Opéra. La peur est dans sa tête, pas dans les rues de Paris. Pensés jusqu’au bout, les postulats d’Hermanis appellent la fermeture des frontières et autres fantasmes du Front National.

Comment réagir ?

L’Opéra de Paris est évidemment pris au dépourvu par les déclarations calamiteuses du metteur en scène et ne s’est pas encore prononcée à leur sujet. L’embarras est évidemment total. Faut-il annuler cette Damnation ? Le maintien du spectacle cautionne indirectement les délires du metteur en scène. Mais une annulation ouvrirait un débat politique et offrirait une caisse de résonance aux thèses de l’extrême-droite, dont Hermanis semble se rapprocher de plus en plus. Seulement, il faut aussi penser aux interprètes et à la création. Comment les chanteurs peuvent-ils encore s’identifier et donner le meilleur d’eux-mêmes en scène ? Sans parler de Dominique Mercy, grande figure de la compagnie de Pina Bausch, qui interprète ici un « rôle muet et dansé » ?

Le monde de l’art va peut-être commencer à s’intéresser de près aux diatribes de cette coqueluche de la scène européenne. Car Hermanis a d’autre cordes à son arc quand il s’agit de faire des quenelles au »politiquement correct ». Selon lui, l’art est hermétique et c’est bien, l’opéra contemporain est une aberration et la politique culturelle de Jack Lang un désastre : Voilà ce qu’Hermanis déclara au journal NZZ de Zurich en mars 2015, oubliant au passage que l’Opéra Bastille qui l’accueille aujourd’hui est aussi un enfant de Lang. Mais Hermanis dit aussi : « Je suis un être humain qui change d’avis ». Il serait temps…

Thomas Hahn


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4 commentaire(s)

Jean Barbaroux 16 décembre 2015

Avec ou sans notoriété ont peu avoir des troubles du comportement, je crois que l’accés a la notoriété donc a une certaine sorte de pouvoir peu avoir des effets desastreux sur le comportement humain . il me semble que le théâtre doit etre du coté du faible , doit etre humaniste ... ce metteur en scene que je ne connais pas , nous signale en tout cas que la "culture" pour des raisons souvent mercantile va suivre la voix des plus forts , il ya deja en France une culture a 2 vitesses ceux qui aurons le droit à des subventions et residences en fréquentant les pontes les arcanes de la culture bien en place et tres branché du pouvoir très centralisé et ceux qui rame et galère depuis des années (dont je fais parti) , et qui malgré un travail genereux et conséquent , voir subversif , resterons dans l’ombre des " vrais artistes".... corruption a tous les etages ! hay que dolor , my god !

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Claudine bensaid 9 décembre 2015

J’annule ma venue à la Damnation de Faust....

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Valdo 9 décembre 2015

Il a été copieusement sifflé, c’est un bon début...

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Anne Groh 9 décembre 2015

Ce monsieur effectivement programme regulierement en France doit retourner d’ou il vient...son pays si on est dans sa logique. Nous avons suffisemment de faschos chez nous, inutile d’en rajouter. Non nous voulons rester des democrates, oui nous voulons accueillir des victimes du terrorisme et non les bombes n’eclatent pas toutes les 24h en France. Non nous travailleurs de la culture ne voulons pas de faschos comme lui dans nos theatres

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